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Techniques de montagne

Apprendre la conduite en tout-terrain

Si nous allons en montagne, c’est pour goûter à ces milieux naturels sauvages dépouillés d’infrastructures. Cela veut aussi dire que rejoindre les points de départ des sentiers est parfois compliqués. Ces départs sont bien souvent au bout de pistes défoncées et peu utilisées.

Les athlètes de montagne le savent, rejoindre un point de départ (surtout en expédition) est souvent un fardeau logistique. Notamment parce qu’il n’y a pas de routes pour rejoindre le sentier. Ajouter à cela le climat difficile du milieu montagnard et la nécessité d’un véhicule adapté, on comprend vite pourquoi les sportifs apprécient déléguer cette tâche.

Ceci écrit, on ne vous recommandera jamais assez d’acquérir de nouvelles compétences. Savoir conduire en tout-terrain est très utile même si ce n’est pas vous derrière le volant. Le conducteur peut en effet devenir malade ou se blesser, et il sera peut-être nécessaire de le remplacer. Ou peut-être que vous êtes tombé sur un conducteur débutant qu’il faudra un peu encadrer pour ne pas finir dans le trou. Bref : savoir rouler, quelles que soit les conditions vous permet de faire face aux éventuels problèmes tout en réduisant la dose de stress.

L’article suivant va vous donner, on l’espère, quelques bases pour votre prochaine séance de tout-terrain.

Les différents types de terrain

Le tout-terrain en montagne se manifeste par différents revêtements, que sont :

  • Les pistes en terre ou en gravier : très proche de la route classique si ce n’est que l’asphalte est remplacé par du sable ou des graviers. La piste repose toujours sur un lit ferme portant facilement le véhicule.
  • Les passages à gué : certains parcours exigent de passer des cours d’eau, sans pont. Il va falloir alors passer dans l’eau.
  • Les passages à flanc de montagne : la route ou le chemin longe un pied de falaise ou un précipice.
  • La neige : la neige peut recouvrir une partie du parcours, surtout en hiver.
  • La glace : des flaques, de l’humidité ou les restes d’une précédente averse peuvent former une couche de glace qu’il va falloir traverser.
  • Les pierriers : sur des parcours très engagés, la piste peut laisser la place à des sections contenant des rochers sur lesquels il va falloir passer.
  • Les passages verts : lorsqu’il n’y a pas plus de pistes et qu’il faut traverser de l’herbe ou de la végétation.

Petit aparté pour vous encourager pour ne conduire que sur des chemins prévus à cet effet. Le passage à travers champ ou hors sentier dégrade fortement l’écosystème et laissent des traces indélébiles derrière vous.

Chacun de ces revêtements est autant d’obstacles à la progression. Certains sont simples, tels que les pistes classiques, d’autres clairement compliqués comme les passages à gué. Bien évidemment, vous pouvez vous retrouver avec une combinaison d’obstacles, telle qu’une piste longeant une falaise, recouverte de neige, tenant sur une fine couche de glace.

Le but maintenant est d’apprendre à reconnaître ces obstacles, les anticiper lors de la préparation, pour les affronter avec la bonne compétence et un véhicule adapté. C’est ce que nous allons voir maintenant.

Reconnaître les obstacles

Une méthode efficace pour reconnaître les obstacles est de découper mentalement la piste devant vous en tronçon. La fin de chaque tronçon doit être visible, avec une zone où vous êtes surs de pouvoir vous arrêter et repartir. Il ne restera alors plus qu’à adopter la conduite en fonction du terrain composant le tronçon.

Ce découpage mental occupe pas mal le cerveau. La conséquence est que la conduite en tout-terrain est beaucoup plus lente que sur route conventionnelle. L’expérience permettra de hausser le rythme, mais en cas de doute, il vaut mieux ralentir pour éviter la perte de contrôle. Il n’est pas rare non plus en tout-terrain de descendre du véhicule pour reconnaître le terrain.

Un mauvais exemple : l’auteur de ces lignes n’avait pas fait une reconnaissance alors que le virage devant lui était un bourbier. Je ne voyais pas la sortie de virage, mais pensais qu’il ne serait pas compliqué. Résultat, le bourbier était long de 500 mètres. Le véhicule s’est embourbé au bout de 400 mètres. Grâce à un téléphone satellite, j’ai pu être récupéré 8 heures après, étant loin de la route. Le véhicule est resté embourbé 3 jours.

Embourber dans le bourbier

La position de conduite est importante pour ne pas se faire surprendre par le terrain. Le plus important est de poser les mains sur l’extérieur du volant (les pousses compris). Une roche peut en effet donner un coup dans la direction, le volant tournant d’un coup et pouvant casser une main ou un doigt se trouvant sur son passage. Quant aux pédales, les utiliser aussi doucement que possible, pour que le véhicule ne soit pas brusque. L’adage du tout-terrain est d’aller aussi lentement que possible et aussi vite que nécessaire.

Enfin, si l’obstacle est insurmontable, il n’y a pas de honte à faire demi-tour.

Anticipation du parcours

Au même titre que l’on prépare son parcours en montagne, il va falloir regarder les caractéristiques de l’itinéraire en voiture.

Le premier point de préparation est le parcours en tant que tel. À partir d’une carte (mieux, à partir de plusieurs), il va falloir identifier les obstacles qui paraissent évidents et les virages qui semblent dangereux. Pensez également à vérifier si une autorisation est nécessaire pour passer.

Il est utile également d’identifier où l’on pourra garer le véhicule, s’il y a des endroits propices à faire demi-tour et d’autres pour poser un camp. Vous pouvez ensuite tout noter (tel obstacle à telle distance) sur un papier que vous emporterez avec vous. Vous pouvez aussi faire une trace GPX, sur laquelle créer des points d’intérêts identifiant les zones à risque.

Le second point de préparation est la météo sur le parcours. Bien évidemment, il y a de fortes chances que vous ayez des prévisions météo pour votre expédition. Ces prévisions doivent être complétées avec un historique récent pour la piste que vous allez emprunter. Les précipitations peuvent en effet créer un bourbier, rendre un cours d’eau plus puissant ou mettre de la neige sur votre parcours. Pensez également au trajet de retour.

Les composants mécaniques d’une conduite off-road

Pour conduire en tout-terrain, il faut évidemment un véhicule. Ses caractéristiques importantes sont :

  • Le poids total : plus le véhicule est lourd, plus il s’enfonce dans un terrain meuble et plus il consomme de carburant en tout-terrain.
  • La garde au sol : il s’agit de la hauteur minimale entre le sol et le fond de caisse (tout ce qu’il y a sous la voiture). Une garde au sol importante permet de passer plus facilement en tout-terrain.
  • Les pneumatiques : il existe des pneumatiques dédiés au tout-terrain, plus résistant et avec un dessin augmentant l’adhérence. On pense notamment aux BFGoodrich All-Terrain et Mud-Terrain, et Toyo Open Country. Si maintenant vous ne pouvez pas utiliser ce type de montes, et dans l’ordre 1) vérifier l’usure de vos pneus 2) opter pour des pneus avec un marquage M+S et 3PMSF 3) privilégier les pneus avec une nappe métal.
  • L’entrée d’air : si vous comptez passer des gués profonds, il faudra vérifier si l’entrée d’air du moteur ne va pas se retrouver sous l’eau.
  • Le type de carburant : le Diesel sans additif n’aime pas les températures négatives.

Bien évidemment, il va manquer à tout ça le type de transmission. Les véhicules sont généralement à deux roues motrices. Certains 2 roues motrices disposent d’un différentiel renforcé, augmentant les performances en sol mou. Ceux dédiés au tout-terrain sont à quatre motrices. Avec ou non blocages de différentiels (1, 2 ou 3). Avec ou non un doubleur de vitesses, permettant d’avoir des petites vitesses. Dans tous les cas, les pneumatiques seront plus importants que le type de transmission : un 4×4 de fou sera moins utile avec des pneus été dans la neige, qu’une 4L avec des pneus neige.

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Modifier la pression de ces pneus

Un pneumatique est conçu pour supporter une charge en deçà d’une vitesse maximale. Pour cela, une pression d’air est à respecter. Sur route, il est très important de rouler avec les bonnes pressions pour éviter accidents et dommages importants.

En tout-terrain cependant, la vitesse est souvent plus basse. Le pneumatique chauffe moins, ouvrant la possibilité de diminuer la pression. Réduire la pression va augmenter la surface de contact entre le pneu et le sol. Une surface plus grande, c’est moins d’enfoncement dans le sol et un risque réduit de s’enliser. Réduire la pression réduit aussi la rigidité du pneu, qui se déforme alors plus facilement pour absorber les chocs. Sous-gonfler est très intéressant lorsque le sol est meuble (sable, boue…) ou lorsqu’il est très irrégulier.

La limite basse de pression va dépendre du modèle de pneus, mais il n’est pas rare pour les pneus tout-terrain de pouvoir descendre à 1,5 bar. Un guide de Overland Journal recommande par exemple de réduire de 25 % la pression sur piste, 30-35 % sur des pierriers et des chemins plus difficiles, et 50 % sur le sable. L’expérience dictera jusqu’où aller, mais retenez qu’au moment de réduire la pression, le pneu doit pouvoir toujours porter la charge et la vitesse doit être fortement réduite (20 km/h max à 1,5 bar par exemple).

Si vous comptez sous-gonfler vos pneus, il va falloir prévoir un peu de matériel. Un manomètre tout d’abord, pour mesurer la pression et savoir ce que vous êtes en train de faire. Un compresseur ensuite pour regonfler à la bonne pression une fois le tout-terrain terminé. Vous pouvez aussi utiliser une pompe à pied de vélo (vérifier qu’elle est compatible avec des valves auto), mais suivant la taille de vos pneus, ça peut prendre du temps…

Quelques astuces de conduite

Retrouvez ci-dessous quelques bases pour aborder chaque obstacle classique du tout-terrain.

Le passage à flanc

Le danger va être ici la chute. La vôtre si vous êtes à côté d’un précipice. De roches ou autres si vous passez au pied d’une falaise. Avant de passer, arrêtez-vous pour :

  • jauger le risque de chute
  • vérifier l’état de la piste
  • déterminer les zones où s’arrêter ou croiser un autre véhicule

Passez ensuite rapidement pour minimiser le temps d’exposition.

La traversée de gué

Les dangers vont être ici de s’enliser, noyer le moteur ou être emporté par le courant. Avant de traverser le gué, arrêtez-vous pour :

  • sonder le gué et détecter les trous, les pierres, les troncs, etc. ;
  • établir une trajectoire et un point de sortie ;
  • vérifier l’étanchéité du véhicule ;
  • dégonfler les pneus à 1,5 bar.

Entrez ensuite lentement dans l’eau à vitesse constante et une fois le gué franchi, regonflez les pneus et vérifiez l’état du véhicule. Si vous avez calé dans l’eau, ne redémarrez pas le moteur, l’eau peut noyer le moteur via l’échappement et la prise d’air. Il vaut mieux se faire remorquer.

La traversée de bourbier

Le danger ici est de s’embourber, voir perdre le contrôle du véhicule si vous êtes en dévers. Avant de traverser le bourbier, arrêtez-vous pour :

  • prendre le temps d’étudier le terrain afin de déterminer la trajectoire ;
  • enlever les éventuels morceaux de bois ;
  • passer des sangles à l’avant et à l’arrière ;
  • baisser la pression des pneus à 1,5 bar si nécessaire.
  •  

Pour traverser le bourbier :

  • utilisez le blocage du différentiel si vous avez l’option ;
  • passez-en 2 ᵉ ;
  • maintenez une accélération constante ;
  • si le véhicule s’enlise jusqu’au pont et n’avance plus, faites marche arrière pour reprendre de l’adhérence.

La montée en pente

Gravir des pentes importantes devient vite impression en voiture. Si la pente devant vous est plus petite que la pente maximale franchissable de votre véhicule :

  • bloquez les différentiels ;
  • attaquez la pente en 1 ʳᵉ ou 2 ᵉ courte ;
  • commencez la montée ;
  • en cas d’arrêt de la progression, freinez rapidement, « à fond ». Le moteur s’éteint. Débrayez puis passez la marche arrière ;
  • redémarrez le moteur avec la vitesse engagée et descendez à l’aide du frein moteur.

La descente en pente

Même rhétorique que pour la montée : la descente de pente forte est toujours un moment impressionnant. Pour descendre une pente :

  • évaluez la pente en identifiant les obstacles qui peuvent augmenter l’inclinaison et le risque de basculement (ne pas se fier à l’inclinomètre) ;
  • anticipez la trajectoire et prévoyez la zone de sortie ;
  • abordez la pente en 1 ʳᵉ ;
  • bloquez le différentiel central si vous pouvez ;
  • ne vous mettez jamais au point mort ;
  • utilisez le frein moteur pour contrôler la descente ;
  • si la pente est très raide, freinez pour accompagner le frein moteur en progressant centimètre par centimètre ;
  • si le véhicule dérape, un coup léger d’accélérateur permet de retrouver de l’adhérence ;
  • en cas de décrochement, dirigez immédiatement les roues avant vers le bas de la pente ;
  • en cas de début de basculement, tournez les roues avant vers le bas de la pente de la pente.

La conduite sur neige et sur glace

Les dangers ici sont de perdre le contrôle du véhicule. La recommandation numéro 1 est de réduire sa vitesse. Pour conduire sur la neige :

  • regardez au loin pour que le cerveau puisse avoir des points de repère en cas de perte de contrôle ;
  • si les roues arrière glissent, accélérez légèrement pour remettre le véhicule droit ;
  • si les roues avant glissent, freinez légèrement pour retrouver le contrôle ;
  • ne donnez jamais de mouvements brusques au volant.

Pour la conduite sur glace, le meilleur conseil est d’être équipé de pneus cloutés si la portion glacée est longue. Si elle est courte, suivez les mêmes conseils que pour la neige en réduisant encore plus votre vitesse.

Le passage de fossé

Le danger ici est de rester coincé dans le fossé, avec l’impossibilité de s’en sortir tout seul sans treuil. Pour traverser un fossé :

  • placez le véhicule de biais à 45° devant le fossé ;
  • prévoyez une zone de sortie assez grande ;
  • bloquez les différentiels si vous pouvez ;
  • traversez le fossé en appuyant légèrement sur l’accélérateur en 1 ʳᵉ ;
  • une fois correctement positionné et stabilisé, appuyez sur l’accélérateur ;
  • relâchez l’accélérateur dès que les roues arrière franchissent le fossé.

La traversée de pierrier

La traversée de pierrier revient à franchir plusieurs marches plus ou moins hautes. Le danger ici est d’endommager le véhicule. Si votre garde au sol est suffisante, voici quelques conseils pour franchir une marche :

  • si la marche est en montée et mesure moins de 50 cm de haut, prenez-la de face ; si elle est plus haute, franchissez-la de biais à 45° ;
  • si la marche est en descente, prenez-la de face ;
  • enclenchez la 1 ʳᵉ ;
  • collez les roues avant contre la marche et arrêtez-vous ;
  • appuyez sur l’accélérateur pour que les roues avant passent la marche ;
  • collez les roues arrière à la marche et arrêtez-vous ;
  • appuyez sur l’accélérateur pour que les roues arrière passent la marche ;
  • pour une marche en descente, avancez centimètre par centimètre en contrôlant la descente avec le frein.
4x4 en tout-terrain

Derniers préparatifs avant de partir

Vous savez où vous allez mettre vos roues et votre conduite est aux petits oignons. Bien. Maintenant, il est temps de considérer ces différents points :

  • Apprenez à vous désembourber, avec des tapis, un treuil, etc. avant de partir.
  • Apprenez à changer une roue dans des conditions de tout-terrain avant de partir.
  • Vérifiez que vous avez tous les outils adaptés à votre véhicule pour changer une roue, que vous avez une roue de secours en état.
  • Vérifiez que vous avez suffisamment de carburant.
  • Empaquetez une trousse de pharmacie bien fournie, que vous laisserez dans votre véhicule. Apprenez également à vous en servir.
  • Empaquetez un extra de nourriture pour les cas où vous seriez coincé dans la pampa.
  • Empaquetez autant de chaînes que vous avez de roues motrices si vous roulez en hiver. Bien évidemment, vous savez les monter sur votre véhicule.

Si vous comptez laisser votre véhicule dormir sur place le temps de votre expédition, il peut être utile d’emporter un second jeu de clés. Ces clés de voiture offriront une solution de remplacement si vous perdez les premières. Pensez à les confier à un autre membre du groupe.

Enfin, il est aussi utile d’emporter un booster pour aider une batterie un peu faible, voire déconnecter la batterie au moment de partir pour éviter les mauvaises surprises au retour.

Le mot de la fin

La conduite en tout-terrain est une compétence souvent oubliée par les athlètes de montagne. La développer permet de réduire les risques et d’augmenter le confort durant les voyages d’approche, pour débuter une expédition dans de bonnes conditions.

Cette compétence se développe avec de l’expérience, et rien de mieux que de se rapprocher d’un club de 4×4 local pour apprendre les rudiments du métier. Et être exposé aux problèmes courants avec un filet de sécurité.

Après… nous pourrions que nous réjouir si vous décidez de changer d’approche.