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Sports d’endurance et addiction

Dans les sports d’endurance, la différence entre dédication et addiction est fine. Il n’est pas rare d’entendre des « il/elle est accroc », ou de le ressentir soi-même. On s’entraîne de plus en plus, pour atteindre des objectifs de plus en plus longs et de plus en plus durs. N’est-ce pas ?

À la différence des autres sports, ceux d’endurance poussent nos organismes à produire des endomorphines (remarquez le « — morphines »). Cette hormone aide le corps à diminuer les sensations de douleurs causées par l’effort. Avec pour effet secondaire de nous donner ce sentiment d’harmonie, de paix intérieure et d’énergie infinie. Le problème est que la synthèse des endomorphines est analogue à celui des drogues. Plus nous sommes exposés à ces hormones, et plus nous en devenons dépendants. On parle alors d’addiction chimique.

L’addiction est également psychologique. Quoi de plus gratifiant que de voir les bénéfices de son entraînement ? Typiques des sports d’endurance, plus d’heures d’entraînement sont souvent synonymes d’un meilleur niveau. Lorsque le reste de sa vie n’est pas folichon, nous avons vite fait de nous faire prendre au piège du sacrifice sur l’autel de la performance.

Définir l’addiction

L’addiction au sport s’appelle la bigorexie. Cette dépendance est très présente chez les coureurs de fond, les triathlètes et tous ceux confrontés à des efforts longs dans la durée, et de manière récurrente. L’addiction est l’envie répétée et irrépressible de faire du sport, en dépit de la motivation et des efforts du sportif pour s’arrêter. Cette addiction entraîne un phénomène de manque lorsque l’athlète ne s’exerce plus. La bigorexie est d’autant plus grave lorsque le sevrage est source d’agressivité et d’irritabilité.

L’addiction au sport a une conation plus positive qu’à l’alcool (par exemple). Il n’est pas rare de parler plutôt d’engagement ou de dédication au sport. Il n’en reste pas moins que les effets secondaires sont les mêmes : disputes, sautes d’humeur, ou simplement fuite de ses problèmes à travers le sport. Cette fuite est d’autant plus problématique dans les sports où une certaine paix intérieure est nécessaire pour sa survie, tel que l’alpinisme.

L’addiction est d’une manière générale détectable avec différents critères. Par exemple, on peut prendre comme indicateurs :

  • l’impossibilité de ne pas s’entraîner ;
  • le sentiment de crispation à ne pas s’entraîner, jusqu’à la perte de contrôle ;
  • la présence d’un phénomène de manque ;
  • la présence d’un soulagement lorsque l’on fait du sport, avec augmentation du temps nécessaire d’exercice ; pour retrouver le même plaisir ;
  • la diminution du temps passé avec les autres ;
  • la poursuite de l’entraînement malgré un état de forme dégradé évident (blessures, maladies…).

Cette liste ne contient que des exemples. Si vous pensez que vous ou l’un de vos proches est atteint de bigorexie, rapprochez-vous d’un professionnel de la santé qui saura s’adapter à la situation.

Montée du Volcan Maipo

Est-ce si fréquent?

Pour répondre à cette question, jetons un œil aux travaux de Jason Youngman et Duncan Simpson. Leur étude a analysé le comportement de presque 1300 triathlètes, de 18 à 70 ans (ouf !). Près de 20 % de cette population peuvent être caractérisés avec un haut risque d’addiction, la part augmentant avec la durée de la discipline (moins chez les formats courts et plus sur les Ironman). Une personne sur cinq donc. Mais l’étude montre également que 79 % de la population présente un risque modéré d’addiction, pour seulement 1 % de personnes sans risque. Un quart des triathlètes ont également déclaré que le sport était essentiel dans leur vie. Autre point intéressant de l’étude, les femmes seraient plus sensibles à l’addiction, avec 22 % à haut risque contre 18 % pour les hommes.

De manière moins scientifique, vous seriez surpris du nombre de divorcés dans les sas de départs des épreuves d’ultra. L’histoire ne dit pas s’ils font de l’ultra parce qu’ils sont divorcés ou l’inverse…

Les comportements du bigorexique

Pour faire simple, le bigorexique ne peut pas s’arrêter de faire du sport et trouvera toutes les excuses pour justifier son comportement.

Faisons maintenant dans le compliqué.

Le bigorexique est obsédé par son plan d’entraînement, qui devient sa ligne de conduite. Dévier du plan lui est très difficile, car réussir son activité quotidienne est une validation non pas seulement en tant qu’athlète, mais également en tant que personne. Bien évidemment, il est quasi impossible de suivre parfaitement un plan d’entraînement. Mauvaises conditions météo, contraintes professionnelles et familiales, maladies et blessures sont autant de grains de sable qui viennent se mettre dans les rouages. L’athlète bigorexique est alors frustré, énervé ou négocie avec son entourage pour se dégager du temps. Parfois au détriment de ces obligations professionnelles ou familiales, qui peuvent l’amener petit à petit à se couper de sa bulle sociale.

L’addict n’aime généralement pas prendre des jours de repos. Cela lui donne le sentiment de perdre en performances et il ira quand même sortir « faire un petit tour » de 80 kilomètres à vélo… Mais n’oublions pas que le corps s’aguerrit au repos, lorsque l’organisme a le temps de réparer tout ce que l’on a cassé durant l’entraînement. Une fois réparé et renforcé, alors on peut de nouveau tout casser.

Les parades à l’addiction

Nous laissons aux soins des professionnels de la santé vous présenter les méthodes de sevrage. Nous n’allons aborder ici que les moyens de prévenir les addictions sévères.

Afin de parer à l’addiction, nous pouvons appliquer le principe des pieds de chaise. Il est tout à fait possible de s’asseoir sur une chaise à un pied, mais c’est assez instable. L’analogie s’applique avec les choses importantes dans nos vies. Si pour vous, le sport est l’unique chose qui compte, c’est vous exposer, au moment d’une blessure (pire, d’un confinement), à une descente aux enfers. Ajoutez alors des pieds de chaises dans votre vie. De préférence trois, pour avoir une chaise/vie plus stable. Le travail peut en être un, bien que peu de gens ont la chance d’y trouver du plaisir. Alors cela peut être les amis ou la famille, mais aussi une implication dans le monde associatif, politique, etc. Quelque chose dont vous serez fier sur le long terme.

Les outils pour surveiller le surentraînement sont également efficaces pour éviter la bigorexie. Simples à utiliser, peut-être moins à analyser, les données recueillies vont mettre en lumière le besoin en repos, ce qui va avoir un effet bénéfique sur l’addiction. N’oublions pas qu’il est plus difficile de revenir d’un surentraînement que de le prévenir.

Enfin, une dernière parade est de se poser la question du but des séances de sport. Réalisez-vous l’entraînement du jour pour devenir meilleur, développer un muscle ou juste pour le plaisir de le réaliser ?

Le mot de la fin

Pour conclure, l’addiction n’est pas une pandémie non plus dans le monde de l’endurance. Il est néanmoins important de connaître les causes et de la prévenir. Car quoi de mieux que de laisser son corps devenir meilleur en se reposant avec ses proches autour de soi, et dans un état d’esprit serein ?

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