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Chaussures pour le montagneur #101

Création: 05/07/2020 | Dernière modification: 05/11/2020

Cette section Chaussures #101 se consacre aux caractéristiques des chaussures nécessaires pour l’entraînement montagne et le trekking. Pour les chaussons d’escalade, les chaussures de ski et d’alpinisme, merci de vous reporter aux autres sections chaussures #102 et #103.

Les chaussures appartiennent au matériel de base de la montagne. Elles permettent de protéger vos pieds, parfois vos chevilles, pour aller plus loin, plus vite. Considérées par beaucoup comme un rite de passage, il ne faut pas trop se mettre de pression à trouver la chaussure idéale pour vos pieds. Bien évidemment, il faut s’équiper intelligemment, mais des pieds et des chevilles musclées, ainsi que de bons cuisseaux, sont moins sensibles aux défauts de matériel. Et puis des chaussures, vous allez en user suffisamment pour vous faire vite un avis sur ce qui fonctionne ou pas pour vous.

Les caractéristiques d’une paire de chaussures de montagne

Une chaussure de montagne performante est une chaussure qui vous apporte du confort à la marche/course, de la protection et de l’adhérence.

Confort

Commençons par le confort : ce dernier est la combinaison de la morphologie de la chaussure, de la compatibilité avec le pied, de la qualité de son système de laçage, de son amorti et de la masse de la chaussure. Une chaussure qui respire est un point clé du confort, mais je vous renvoie vers le prochain paragraphe pour en savoir plus.

Une chaussure est composée, entre autres :

  • d’une semelle extérieure, ou crampons si vous préférez,
  • d’une semelle intermédiaire, le steak d’amorti entre la semelle extérieure et la semelle intérieure,
  • d’une semelle intérieure, la partie amovible à l’intérieur de la chaussure,
  • d’une tige, la matière entourant les côtés et le devant du pied,
  • d’un support talon, la partie rigide remontant sur le talon,
  • d’une languette, la partie recouvrant le dessus du pied,
  • de lacets, quand ce n’est pas un système BOA (mais c’est trop pour du #101).

Tous ces éléments vont définir la morphologie de la chaussure, notamment le volume disponible pour les orteils (toebox), le drop (la différence de hauteur entre les orteils et le talon par rapport au sol) et la hauteur générale de la semelle (stack). Il ne reste ensuite plus qu’à essayer la chaussure pour voir si le pied s’y tient bien (pas de mouvements une fois la chaussure lacée). La toebox doit être juste large pour ne pas compresser les orteils au moment de la marche. Certains modèles proposent également une correction des malformations des plantes de pied, avec des modèles pour pronateurs et supinateurs. Néanmoins, le terrain en montagne est plutôt chaotique et il faut se poser la question de la pertinence de ces corrections.

L’amorti est quant à lui piloter par les semelles. Plus elle est fine, et plus il sera difficile pour le fabricant de trouver la bonne combinaison de mousses pour avoir de l’amorti. En revanche, ce que l’on perd en amorti, on le gagne généralement en lecture du terrain par le pied et en précision. L’épaisseur ne peut être néanmoins infinie : l’augmentation du stack va de pair avec le risque de foulures des chevilles. L’amortissement est parfois ce qui s’use le plus rapidement sur une chaussure, surtout pour les modèles dédiés à la course à pied. Une chaussure de trail doit être changée au moins tous les 500 km pour éviter les blessures. Dans certains cas, changer la semelle intérieure permet de prolonger la durée de vie de la chaussure, mais dans ce cas, il est important de surveiller l’apparition de lésions même minimes.

La masse est une caractéristique importante de la chaussure, puisqu’elle est soulevée durant la marche un paquet de fois. Une chaussure légère, c’est du confort à la marche et un effort réduit. Mais la masse ne fait pas tout, sa répartition compte énormément dans le confort ressenti. Si toute la masse est mise sur le devant de la chaussure, le déroulé du pied sera plus difficile que si elle était répartie tout au long de la semelle. Enfin, les derniers progrès en matériau ont cassé l’adage masse = durabilité.

Protection

Que cherche-t-on à protéger exactement ? Les chaussures protègent de la poussière, de la neige, de l’eau, des pierres et roches, et des lésions.

La protection aux éléments extérieurs est apportée par les matériaux composant la tige. Si l’on cherche de la respirabilité, la tige sera faite de mesh, un matériau très aéré composé d’un maillage grossier de nylon. Mais la respirabilité est antagoniste à la protection à la poussière et à l’eau. Si l’on cherche à imperméabiliser la chaussure, la tige emploiera une membrane emprisonnée entre deux couches de tissus protecteurs. Le tissu extérieur peut être dans ce cas soit du cuir, soit du synthétique. Le cuir est plus durable que le synthétique avec l’entretien adéquat. Le synthétique sèche beaucoup plus rapidement et plus facile à entretenir. La membrane la plus couramment employée est la membrane Gore-Tex, donné l’appellation GTX aux chaussures. Ces membranes ne sont pas aussi performantes que pour les couches de protection, car les pores peuvent se remplir rapidement de poussière. La chaussure restera imperméable, mais il n’y aura plus de respirabilité. À mon humble avis, l’utilisation de GTX ne se justifie que dans les environnements potentiellement enneigés, où la vitesse de progression est faible et l’environnement froid.

La protection des orteils est assurée par une languette placée sur la pointe de la chaussure, appelée pare-pierres. L’inconvénient du pare-pierres est d’augmenter la masse de la chaussure. Néanmoins, son usage permet de libérer sa concentration puisqu’on est protégé des coups de pied sur des surfaces dures.

La protection des lésions (foulures le plus souvent) est avant tout le résultat d’un bon entraînement des chevilles et du pied. La chaussure y participe également avec la hauteur du support talon et de la rigidité en torsion (dans l’axe avant-arrière) et en flexion (dans l’axe gauche-droite) de la semelle. Les chaussures dites à tiges basses ont un support talon minimal. Le résultat est une chaussure plus légère et plus respirante, avec un grand dégagement de chaleur au niveau de la cheville. Si l’on veut protéger la cheville, il faut néanmoins contraindre sa liberté de mouvement. Pour cela, on augmente la longueur du support talon pour monter plus haut sur la cheville. Les chaussures dites à tiges hautes offrent une protection efficace au détriment toutefois de la masse et de la respirabilité. La rigidité en torsion va permettre d’éviter les déformations du pied lorsque le terrain devient chaotique. Cette rigidité permet aussi de faciliter l’usage de crampons. La rigidité en flexion soutient également le pied, et augmente encore la compatibilité avec des crampons, au détriment de la masse et de la précision de la chaussure. Enfin, plus la chaussure est rigide, et plus il y a des chances qu’elle sera plus lourde.

Adhérence

Une chaussure est aussi un outil pour augmenter l’adhérence de son pied sur des terrains gras ou hivernaux. Sous la responsabilité de la semelle, l’adhérence est souvent présente lorsque la semelle contient des blocs très espacés, permettant de stocker terre, sable et boue, et laisser le caoutchouc en contact avec la partie ferme du sol. Il faut également estimer (dans un magasin, ça se fait forcément au regard) la capacité de la semelle à débourrer, c’est-à-dire à se débarrasser de la terre stockée entre les blocs lorsque vous levez le pied. Une semelle VIBRAM® ou d’un manufacturier de pneu (CONTINENTAL, GOODYEAR et MICHELIN sont présents dans le monde de l’outdoor) est souvent gage d’une bonne adhérence.

L’essai en boutique

Avoir une paire à sa taille est gage de confort sur le long terme. Rien ne vaut l’essai en magasin pour s’assurer de la bonne compatibilité et du déroulement du pied. C’est d’autant plus important qu’il existe des dispersions de morphologie et de taille entre marques, et même entre les gammes d’une même marque. Choisir sa chaussure à la bonne taille limite les frottements et donc les ampoules. Une fois en magasin, et pour des chaussures #101, ce n’est pas non plus de se prendre la tête ou de se convertir en princesse aux petits pois. Ces chaussures vont s’user rapidement si vous êtes engagés dans la pratique de la montagne.

Cela dit, être minimaliste dans son approche matériel passe par une acquisition intelligente. Voici quelques pistes pour conduire vos essais de chaussures :

  • essayer plusieurs modèles de chaussures, avec plusieurs modèles de chaussettes, pour vous faire une idée du spectre offert,
  • essayer à votre taille, puis avec une demie taille ou une taille supplémentaire, avec une paire de chaussettes épaisses que vous envisagez d’utiliser avec la chaussure recherchée,
  • pour les modèles à tiges hautes, placez votre pied au plus profond de la chaussure, lacets ouverts : vous devez pouvoir passer un index entre votre talon et celui de la chaussure,
  • marchez avec la chaussure, courez avec, utilisez les blocs de plans inclinés disponibles dans les boutiques sérieuses,
  • dans le cas où vous compteriez utiliser des crampons, il est important que la semelle soit suffisamment rigide. Un débord arrière sur la semelle la rendra compatible avec des crampons semi-automatiques. Avec un débord à l’avant et à l’arrière, elle sera compatible avec des crampons automatiques,
  • une paire de chaussures de trail peut être utilisée pour de la marche à la journée, voir sur quelques jours. Une paire de chaussures d’approches également. Des modèles hybrides apparaissent sur les rayons. En clair, n’hésitez pas à remettre en question la sélection des magasins de montagne, et comprenez les compromis,
  • soyez courtois avec la boutique : il est de mauvais goût d’essayer des chaussures pendant une heure pour aller l’acheter plus tard sur internet. Rien ne vaut un petit coup d’œil sur les prix en amont pour vérifier que vous ne vous faites pas arnaquer non plus.

Les types de chaussures pour le montagneur #101

Aucune chaussure n’est parfaite pour toutes les missions, d’où le besoin de posséder plusieurs paires de chaussures. Je pars personnellement du principe que je n’ai pas besoin des modèles les plus performants : ce qui fonctionne ne doit pas être changé. Je ne m’intéresse aux modèles plus techniques que si les modèles en ma possession me limitent dans ma pratique. Si vous débutez la montagne, l’ordre d’acquisition doit être 1) chaussures de trail pour s’entraîner, 2) chaussures de trek pour pratiquer puis 3) chaussures d’approche pour envisager l’escalade.

Chaussures de trail

Les chaussures de trail sont des chaussures à support talon bas, avec des semelles très peu rigides pour de la légèreté et de la précision. Elles offrent un niveau de protection assez faible, quoique certains modèles utilisent une membrane pour les usages hivernaux. Ses chaussures ne sont pas prévues pour porter de lourdes charges sur la durée.

Ces chaussures sont les modèles les plus économiques pour affronter les terrains montagneux. Alors qu’initialement le marché propose des modèles passe-partout, les fabricants ont très vite trouvé l’intérêt à segmenter leurs modèles. Les différenciations passent par la qualité de l’amorti, la robustesse, le niveau de protection, le niveau d’adhérence… La morphologie des chaussures est également très segmentée. On trouve des modèles minimalistes (pas de drop, pas d’amorti), des modèles maximalistes (beaucoup de stack, coucou HOKA), des modèles pour les coureurs qui attaquent talons (6-12mm de drop) et des modèles qui privilégient une posture plus naturelle (4-6mm de drop). Ne commencez pas directement par des modèles à bas drop, nous sommes généralement habitués à avoir des drops de 10 mm. Il est important de descendre progresser en drop au fur et à mesure des chaussures pour éviter les blessures.

Participez à des courses locales permet de se faire une idée de ce qu’il vous faut, en testant à la fois les chaussures, et en discutant avec des coureurs qui s’investissent dans la discipline. La durée de vie de ces chaussures est très limitée. Si vous vous entraînez sérieusement, il n’est pas rare d’avoir à changer plus de trois fois ces chaussures par an.

Chaussures de trek

Les chaussures de randonnée disposent d’un support talon haut ou moyen. Elles sont prévues, suivant les modèles, pour marcher sur ou hors sentier, avec ou sans port de charge lourde. Ces chaussures sont des modèles très agréables à porter et offrent une protection du pied suffisante pour affronter sable, neige et roche. Certaines chaussures ont même une semelle suffisamment rigide pour pouvoir utiliser des crampons. Il est néanmoins difficile de progresser rapidement avec ce type de chaussures.

Les modèles les plus lourds, appelés grosses, sont parfaits pour les treks en terrain très humide et difficile (marais, bois…) Mais elles sont finalement peu polyvalentes et une paire plus légère est plus confortable pour une grande majorité de sorties.

Chaussures d’approche

Les chaussures d’approche sont des modèles conçus pour avancer au plus près d’une zone d’escalade, et repousser le moment où les chaussons vont devenir indispensables pour continuer la progression. Ses chaussures sont loin d’être essentielles, mais une fois que l’on y a gouté, difficile de s’en passer tant elles sont à la croisée des mondes entre l’escalade et la randonnée.

Ces chaussures se distinguent par la présence d’une semelle avec un mélange de gommes optimisant l’adhérence en roche. La semelle est généralement dotée d’une section sur le devant du pied permettant de pointer sur des réglettes ou de grimper par adhérence sur des dalles. Les chaussures d’approches embarquent également une protection de l’avant du pied remontant bien sur les orteils. Cette protection augmente la durabilité de la chaussure lorsqu’elle est utilisée dans des éboulis. Toutes ses caractéristiques autorisent une progression plus sécurisée au pied des voies, lorsque les roches ne sont pas bien rangées, et potentiellement instables.

Les chaussures d’approche doivent être légères pour être portée sur le baudrier ou le sac à dos lorsque l’on grimpe. Elles doivent également avoir un faible volume.

Entretien

L’entretien des chaussures est essentiel pour prolonger leur durée de vie. Il est assez simple :

  • Sécher les chaussures humides dès que possible, mais pas près d’une source de chaleur forte (poêle, radiateur…). Du papier journal en boule dans la chaussure permet d’accélérer le processus, tout comme retirer la semelle intérieure.
  • Nettoyer la tige : aspirez après chaque sortie la tige, et traiter le cuir ou la membrane avec des produits dédiés type NIKWAK.
  • Laver souvent la semelle intérieure, à la main
  • Laver tous les mois vos chaussures à la main, avec une brosse et de la lessive bébé ou du savon de Marseille