Montagneur

Les gants de montagne

La montagne est un terrain connu pour être froid, et les mains y sont exposées en permanence. Comme pour le reste du corps, le système multicouche fonctionne pour protéger nos doigts des éléments, mais il n’est pas aussi démocratisé. Difficile aujourd’hui de trouver une bonne combinaison, notamment une bonne couche de protection pour gants. La meilleure solution reste de s’équiper d’une armée de gants pour parer toutes les conditions, et croyez-moi, on n’en a jamais assez ! Tour d’horizon des gants de montagne, leurs caractéristiques, types et présentation de ma combinaison personnelle.

Les qualités d’une paire de gants

Une paire de gants protègent avant tout les mains du froid. Pour se faire, ils viennent créer une couche d’air isolante autour des doigts. Plus le froid est fort, plus la couche doit être épaisse. Plus la couche est épaisse et plus l’isolation doit être importante pour la conserver. Le souci est, pour avoir une forte isolation, il faut de la matière, et il n’y a vraiment pas beaucoup de place entre les doigts. Une isolation importante vient dégrader la dextérité du gant. N’oublions pas non plus que nous faisons de l’exercice à l’air libre, exposant nos doigts aux intempéries. Les qualités d’une paire de gants sont en résumé : isolation, dextérité et imperméabilité, auxquelles on pourrait ajouter la durabilité.

Isolation

L’isolation d’une paire de gants est sa capacité à garder les mains au chaud.

La première technique pour garder ses doigts au chaud est de vérifier que le torse soit bien protégé. Lorsque le corps a froid, il va privilégier la protection des organes critiques, réchauffant en premier lieu le torse. La seconde technique pour des doigts chauds est d’appliquer une crème hydrante. La couche de gras résultante vient en effet dégrader les échanges thermiques et donc protéger du froid. La troisième technique consiste à mettre des gants pour créer une couche d’air isolante.

Le niveau d’isolation est piloté par les matériaux retenus et le design des gants (cf. dextérité). En ce qui concerne les matériaux, on retrouve les mêmes que pour le haut du corps, à savoir le tissu polaire, le tissu softshell, le tissu hardshell (assez peu répandu), le mérino et le coton, complétés du cuir. Ces matériaux peuvent être combinés pour augmenter l’isolation en limitant la masse finale. Dans tous les cas, leur forme finale ne doit pas comprimer la main. D’abord pour ne pas écraser la couche d’air isolante. D’autre part, pour ne pas empêcher la libre circulation du sang chaud.

À ces tissus peuvent être associées des doublures, duvet ou synthétique. Le duvet est plus isolant et plus léger à volume égal que le synthétique, mais il est très peu résistant à l’humidité. Or, les mains sont constamment en mouvement et en contact avec les éléments, les exposant à l’eau et à la neige. Le synthétique règne ici en roi, offrant une isolation permanente. On retrouve toutes sortes de synthétiques, les produits de chez POLARTEC Primaloft (Gold ou Silver) étant parmi les meilleurs.

L’isolation se passe aussi au niveau de l’ouverture du gant. Des élastiques et cordelettes sont essentiels pour maintenir l’air chaud dans le gant et éviter l’entrée d’air froid et humide.

Il est difficile d’empiler les gants pour augmenter la taille de la couche isolante. Le meilleur moyen de s’adapter au niveau de froid est donc de disposer de plusieurs paires de gants, d’épaisseurs et de matériaux variables.

Un bon conseil, si vous avez froid aux mains, réagissez vite ! En effet, si vous laissez vos doigts exposés, ils vont s’engourdir. S’ils deviennent trop froids, il sera très douloureux de les réchauffer. Le pic de douleur peut être tel qu’il vous empêche même de penser à autre chose. À très basses températures, 30 secondes suffisent pour que leur réchauffage soit douloureux pendant une demi-heure.

Il est également intéressant de garder une paire sèche de gants chauds dans son sac pour les pauses. Ces gants doivent être mis facilement pour qu’il soit facile de sortir sa main afin de manipuler des choses fines ou de la nourriture.

Enfin, certains fabricants indiquent une échelle de température pour l’usage de leurs gants. Elles s’avèrent le plus souvent erronées. En effet, la température d’usage des gants est fortement dépendante à la constitution physique du pratiquant.

Dextérité

Les mains sont utilisées en permanence pour manipuler des objets, et nous avons besoin de conserver une certaine dextérité, même en conditions hostiles. Des gants permettent d’utiliser nos dix doigts, d’autres les regroupent en partie (3 doigts) pour pousser le niveau d’isolation, et d’autres, les moufles, laissent juste une séparation entre le pouce et ses quatre collègues. Plus les doigts sont regroupés, et moins vous aurez de dextérité.

La dextérité est également pilotée par la forme du gant, son patron, et l’élasticité des tissus employés.

Le patron du gant va déterminer le volume intérieur, et la répartition de la matière autour des doigts. La dextérité demande suffisamment d’espace entre les doigts, et une faible quantité de matière en bout de doigt pour garder une sensation de toucher. Sur ce point, les fabricants sont loin d’être égaux, et l’essai de gants haut de gamme explique simplement la différence de prix (sans vouloir défendre les prix élitistes…).

L’élongation des tissus affecte également la dextérité offerte par le gant. Cette élasticité va compenser une mauvaise répartition de matière et dégagée des degrés de liberté aux doigts. Les modèles en softshell permettent de conserver une forte liberté de mouvement. Au contraire des modèles en synthétique peu déformable. Le cuir neuf se déforme peu, et il est difficile de pouvoir bouger les doigts indépendamment des autres avec ce matériau sans en réduire drastiquement l’épaisseur, au détriment de la durabilité. Mais le cuir, une fois patiné, offre une souplesse et une précision très intéressante.

La dextérité passe aussi par la possibilité d’utiliser des écrans tactiles sans retirer le gant. Une matière dédiée est placée sur l’index et le pouce pour autoriser l’usage de tels écrans. Enfin, les cordelettes et autres systèmes aidant à la bonne mise en place du gant impactent aussi l’équation finale.

Imperméabilité

L’imperméabilité d’une paire de gants est sa capacité à résister aux intempéries et à la neige.

L’imperméabilité d’un gant passe par le choix de sa doublure (n’importe quoi sauf du duvet) et par celui du matériau extérieur. Le cuir offre une imperméabilité importante, et peut être graissé pour augmenter encore plus le niveau de protection. D’autres gants vont utiliser une membrane type Gore-Tex. Enfin, certains gants embarquent un tissu étanche, véritable barrière à l’eau, mais dans les deux sens.

Le niveau d’imperméabilité attendu va dépendre des conditions d’usage. Les gants utilisés à des températures positives seront plus exposés à la pluie et à la neige fondue. L’imperméabilité est moins essentielle pour les gants utilisés à très basses températures.

Durabilité

Les gants sont les premiers au contact, et s’usent très rapidement. Les modèles en synthétique sont les plus endurants, ainsi que les modèles disposant d’une dextérité dégradée (on sort la main pour manipuler les objets). Les gants en softshell sont parmi les plus fragiles.

Les différents types de gants

Je ne vais pas faire une liste exhaustive de tous les types de gants qui existent. Elle serait bien trop longue. Mais mettons en lumière les plus intéressants.

Commençons par les gants fins, aussi appelés sous-gants. Ce sont des gants très légers en coton et en soie, à porter seul ou sous une paire de gants plus grands. Ils agissent comme une première couche, sont très respirants et n’ont aucune durabilité.

Viennent ensuite les gants en softshell, type PowerStrech. Ces gants sont idéals pour les activités intenses, comme la course à pied ou le ski de rando/fond. Très respirants, ils sont bien plus résistants que les gants fins et offrent une très légère imperméabilité.

On retrouve ensuite les gants en cuir, très près de la peau, pour venir grimper ou skier quand les conditions ne suffisent plus pour les gants softshells. Ces gants sont très résistants et offrent une excellente dextérité une fois le cuir cassé. Le cuir est idéal pour toutes les manipulations de corde ou de peaux de phoque. Les mitaines sont des gants en cuir dont on a retiré le bout des doigts. Ils permettent de retrouver le toucher, et sont très intéressants pour grimper des fissures. Mais les mitaines offrent très peu d’isolation.

Plus le niveau d’isolation devient important et plus la longueur du gant augmente. Sur les modèles chauds, le poignet est bien recouvert et un élastique est parfois placé pour venir créer un sas entre la montre et la main.

Les moufles sont des gants regroupant les quatre doigts proches dans une seule chambre. Cette technique permet de maximiser à la fois le volume d’air isolant et son chauffage via les quatre doigts. Le pouce dispose quant à lui de sa propre chambre. Très pratiques pour se réchauffer rapidement les mains, surtout lorsqu’ils disposent d’une doublure en duvet, les moufles ont l’inconvénient d’annuler la dextérité.

Les gants chauffés embarquent une batterie et un système électronique basé sur une résistance pour venir créer de la chaleur. L’avantage est évident : quelles que soient les conditions, vous avez l’assurance d’avoir une source de chaleur pour réchauffer rapidement vos doigts. L’inconvénient est qu’il faut pouvoir recharger la batterie et que ces gants sont plus lourds que les modèles classiques. Le système électronique peut également tomber en panne.

Petit aparté, il existe des poches permettant d’enclencher une réaction exothermique, et ainsi créer de la chaleur rapidement. Ces réactions sont soit uniques (un seul usage), soit réversibles (avec de l’eau bouillante). Ces poches sont un plus lorsque l’on est guide pour ses clients, mais il vaut mieux apprendre à s’en passer pour son usage personnel. Les plus courantes sont à usage unique, générant une quantité importante de déchets. Apprendre à s’en passer, c’est aussi réduire sa dépendance au matériel et alléger son paquetage.

Ma combinaison gantesque

Ma combinaison de gants s’intègre dans ma stratégie de minimisation du matériel. À cent pièces maximum, difficile d’étendre ma gamme de gants. Cependant, cinq paires me semblent être un minimum difficile à réduire. Les cinq paires en ma possession sont :

  1. une paire de gants fins en PowerStrech Pro pour le tout-venant et les froids légers
  2. une paire de gants moins fins, en cuir, remontant légèrement sur le poignet pour les sessions de grimpe et les températures plus fraîches
  3. une paire d’Arc de BLACK DIAMOND, une référence, lorsque le mercure est proche de zéro. Ces gants embarquent une chambre étanche et permettent de plonger la main dans l’eau au besoin. Ils sont également très résistants.
  4. une paire de gants encore plus chaude en cinq doigts
  5. une dernière paire de gants, la plus chaude disponible sur le marché en cinq doigts

Pas de moufles dans ma combinaison, mais je fais pour le moment de la montagne que jusqu’à 6500 mètres. Pas de gants de soie non plus, je les trouve bien trop fragile.

Pour les fabricants, ARC’TERYX est, encore une fois, bien au-dessus du lot. BLACK DIAMOND est le fabricant le plus répandu et offre une gamme très intéressante. Enfin, RAB, MONTANE et MILLET disposent d’une gamme moins homogène, mais avec de belles petites pépites.

Date de première publication: 19/07/2020