Hardshells : couches de protection

Création: 05/07/2020 | Dernière modification: 05/11/2020

Autrefois appelée indestructible, la veste de montagne, ou hardshell, est une veste de protection super classe qu’on aime exhiber fièrement pour montrer que nous, on fait de la montagne ! Mais si on ne la choisit que pour sa couleur, il ne faudra pas s’étonner qu’elle prenne l’eau au premier orage.

Le but de cette couche de protection est de venir nous protéger du vent et de la pluie, tout en permettant à la vapeur de passer à travers. Imperméabilité et respirabilité sont donc les deux caractéristiques clés. La nature étant bien faite, ces deux notions sont antagonistes. La durabilité et la masse de la veste sont également des caractéristiques importantes, également antagonistes.

Imperméabilité

Pour créer de l’imperméabilité, les fabricants de vestes vont venir utiliser un tissu disposant de multiples trous dont la taille est inférieure à la taille des gouttes d’eau. Ce tissu est soit une membrane, c’est-à-dire un tissu dédié, soit un tissu « porteur » sur lequel on vient « enduire » (comme peindre) un produit pour réduire la taille des trous.

L’imperméabilité des membranes est plus durable que celles des enductions, car c’est une caractéristique physique du tissu, alors que l’enduit va petit à petit se désolidariser du tissu porteur. Mais l’enduction est moins chère qu’une membrane.

Pour quantifier cette imperméabilité, les fabricants parlent en hauteur de colonne d’eau, exprimée en millimètres. L’idée est d’indiquer qu’une veste reste imperméable à l’eau contenue dans un cylindre rempli d’eau et posé sur le tissu. Plus la hauteur de la colonne est importante, et plus la pression de l’eau au niveau du tissu est importante. Cette pression permet de tester la résistance du tissu au passage de l’eau et donc, plus la valeur de hauteur est élevée, et plus le tissu est imperméable. On peut considérer qu’une veste avec une imperméabilité estimée à 10 000 mm commence à être intéressante et une veste à 30 000 mm offre une protection sérieuse. Le Schmerber est également une unité pour l’imperméabilité, un Schmerber correspondant à une colonne d’eau haute de 1 mm.

Bien évidemment, une veste est un ensemble de tissus reliés entre eux, et les interfaces ont leur importance dans l’imperméabilité finale de la veste. Même avec des tissus imperméables, si on vient coudre et donc recréer des trous plus gros que les gouttes d’eau, la veste va prendre l’eau. Il faut alors faire attention à ce que les coutures soient imperméabilisées, en utilisant le plus souvent des bandes de silicones thermosoudées. Certains fabricants peuvent également assembler les tissus entre eux sans couture, en utilisant des procédés basés sur des lasers. La fermeture éclair est au même titre un point à regarder. Les fabricants utilisent également des garages à zip pour s’assurer que la veste reste bien imperméable lorsque la fermeture est fermée.

L’imperméabilité passe aussi par l’application d’un composé chimique sur l’extérieur de la veste, permettant de faire en sorte que les gouttes restent sous leur forme de goutte à la surface du tissu. Ainsi, il suffit de secouer la veste pour se débarrasser de l’eau. On parle de déperlance grâce à un traitement DWR (Durable Water Repellent). Cette déperlance ne va en revanche que tenir pour les premières pluies.

Respirabilité

Pour qu’une membrane « respire », il faut qu’elle puisse évacuer la vapeur d’eau générée par notre corps. Le principe est le même que pour imperméabiliser le tissu : il faut des trous cette fois-ci plus grands que la taille des molécules de vapeur d’eau, plus petites que les gouttes d’eau. En revanche, si on veut évacuer de vapeurs, il faut augmenter, soit la taille des trous, soit en augmenter le nombre. La respirabilité maximale d’une veste est alors limitée par sa valeur d’imperméabilité.

La respirabilité s’exprime en g/m²/24 h, c’est-à-dire la quantité de vapeur qu’un mètre carré de tissus est capable de laisser passer en une journée. Cette valeur sera encore une fois inférieure sur la veste finale, car les zips et les bandes thermosoudées sont des obstacles au passage de la vapeur. Une veste avec une respirabilité supérieure à 10 000 g/m²/24 h est dite respirante, les plus respirantes étant au-dessus de 30 000 g/m²/24 h.

On retrouve également le RET (Résistance Evaporation Transmission) pour quantifier la respirabilité, qui vient quantifier la résistance de la membrane au passage de la vapeur. Plus le RET est faible, et la veste respire. Avec un RET < 6, nous avons une veste très respirante, et un RET > 12 montre une veste peu respirante.

La respirabilité de la veste est très sensible à l’état de la membrane. Si celle-ci est recouverte d’eau, comme après des heures de pluie, les gouttes en surface vont venir boucher les pores, et la vapeur ne passera plus, annulant toute respirabilité. Un traitement DWR permet de retarder ce phénomène. On aura alors la sensation que la veste laisse passer l’eau, mais il s’agira en fait de la transpiration condensée à l’intérieur de la veste. La propreté de la membrane (ou du tissu protecteur) va également jouer, et il est essentiel de laver fréquemment sa veste pour nettoyer les trous et mettre toutes les chances de son côté.

Des zips sont également utilisés par les fabricants pour améliorer l’évacuation de l’air chaud. Généralement placés sous les aisselles, ils permettent d’évacuer efficacement de grosses quantités de vapeur, au détriment de l’imperméabilité et de la masse de la veste. Reste que du côté de l’imperméabilité, si les zips sont étanches, le simple fait de les refermer permet de la récupérer.

Coupe de la veste

Une veste hardshell n’est pas un manteau, elle n’a pour fonction que de protéger du vent et de la pluie tout en n’étouffant pas dessous. Elle rentre parfaitement dans une gestion multicouche de son habillement, gestion qui permettra de mettre ou non une polaire sous la hardshell suivant la température extérieure. La coupe de la veste va permettre plus ou moins l’empilement des couches, et définir l’étendue de la zone protégée.

La veste doit d’une part permettre l’ajout de couches thermiques pour offrir une polyvalence d’utilisation, et être suffisamment bien taillée pour protéger le bas du dos, les poignets et le visage, en plus, bien évidemment, du tronc. Sans que cela se fasse au détriment de la liberté de mouvement. La fermeture éclair ne doit pas venir frotter sur le menton. Détail en magasin, beaucoup moins sur le terrain.

La capuche est un point crucial de la protection. C’est elle qui va protéger notre tête, et cela ne doit pas se faire au détriment de notre champ de vision. La pluie vient souvent avec du vent. La trajectoire des gouttes va alors s’incliner et venir frapper notre visage sur les côtés. La capuche doit disposer de flancs efficaces pour protéger notre visage avec un vent de côté, et être suffisamment large. La capuche doit également permettre d’utiliser un casque de protection en dessous.

La coupe du dos est à regarder avec attention, car l’eau va ruisseler tout du long avant de venir rejoindre la taille. Si le dos est trop court, on court le risque d’avoir nos sous-couches trempées, l’eau pouvant remonter par capillarité. Mais si le dos est trop long, la veste ne sera pas forcément agréable à porter surtout lorsque l’on voudra se baisser ou s’asseoir.

Les dispositifs de serrage sont également importants. Placés au bout des bras, au niveau du cou, dans la capuche et au niveau de la taille, ils permettent de jouer sur l’imperméabilité totale de la veste, en empêchant l’eau de rentrer. Ouverts en grand, ils permettent également à l’air chaud de s’enfuir vers l’extérieur. Durant la vie de la veste, on va user et abuser de ces dispositifs, et il faut donc qu’il soit suffisamment costaud.

Les marques offrant des vestes avec des coupes exceptionnelles sont ARC’TERYX et PATAGONIA. Mais méfiance, car toutes les marques disposent de nombreuses références qui sont loin de s’égaler les une des autres.

Durabilité

Pour protéger l’imperméabilité de la veste dans le temps, les fabricants vont venir appliquer une ou plusieurs couches de protection. C’est ici que l’on va parler de vestes 1, 2, 2,5 et 3 couches.

Dans le cas extrême de la veste à 1 couche, celle-ci n’est fabriquée qu’avec la membrane ou le tissu enduit, sans aucune protection. Peu de vestes sont aujourd’hui avec une seule couche, car elles sont peu durables. Mais elles sont très intéressantes dans les cas où l’on recherche une veste de protection ultra légère et très compressible, comme en mountain-running.

La veste à 2 couches est la veste de trekking par excellence. La membrane est protégée par un tissu placé à l’extérieur. Votre corps est donc en contact direct avec la membrane, qui évacuera mieux la vapeur d’eau. N’avoir que 2 couches permet également d’avoir une veste légère et compressible.

La veste à 3 couches est une veste dont la membrane est prise en sandwich par deux tissus de protection, à l’intérieur et à l’extérieur de la veste. Calé bien au chaud, la membrane est hautement protégée et on a affaire ici à des vestes très durables, au détriment de la légèreté et de la compressibilité.

La veste à 2,5 couches est en fait une veste à trois couches, mais cette fois-ci, la couche intérieure est composée d’un tissu moins protecteur. Son épaisseur sera moindre, et dans certains cas, le fabricant utilisera un tissu en filet à la place. On a alors dans ce cas une veste plus compressible et plus légère que la veste 3 couches, mais avec une meilleure durabilité que la veste 2 couches.

La durabilité est pilotée par la robustesse des couches de protection. Celles-ci utilisent des tissus en RipStop. Le RipStop est une technique consistant à renforcer un tissu en intégrant un maillage avec des fils plus résistants (généralement du nylon). L’avantage, c’est de pouvoir garder une toile légère sans trop sacrifier la robustesse. Le RipStop permet aussi d’éviter que les déchirures ne s’agrandissent. Les fabricants indiquent également un truc du genre 20D pour ces tissus. Cela signifie que les fils utilisés pour le RipStop ont une masse linéaire de 20 deniers. Plus le nombre devant le D est gros, et plus la résistance du RipStop sera importante. C’est d’ailleurs pour cela que l’on retrouve souvent des tissus avec un niveau D plus élevé au niveau des épaules pour ne pas trop subir les frottements du sac.

Toute cette protection coûte en masse. C’est ennuyeux, car cette masse est plus souvent dans le sac à dos, que sur soi, surtout si l’on a bien pris le soin de vérifier la météo avant de s’élancer sur les chemins. Auparavant, une veste de 500 grammes était un bon compromis protection/masse. Depuis, les technologies et les coupes ont évolué et le bon compromis semble se placer autour de 350 grammes. En dessous, vous aurez un produit très respirant, mais peu durable. Au-dessus, vous disposez d’une protection robuste, mais il faut que vous la portiez beaucoup pour justifier de l’emporter avec vous. Les vestes d’aujourd’hui plus lourdes que 600 grammes sont de véritables murs de protection, à utiliser si vous aimez vous frotter au rocher et si vous aimez les sorties sous les très fortes pluies.

Autres considérations

La compressibilité est à considérer au même titre que la masse, surtout si la veste va rester plus souvent dans le sac que sur nos épaules. Une veste se pliant mal va nous faire perdre de l’espace que l’on aurait bien investi par ailleurs.

Le fabricant de membranes le plus connu est évidemment GORE-TEX, dont la réputation n’est plus à refaire. Mais il existe également d’autres marques intéressantes comme EVENT et PERTEX, avec des produits aussi performants et bien souvent moins chers. Les marques de vêtement ont également des membranes sous nom propre, comme les appellations H2NO de chez PATAGONIA ou DRYVENT chez THE NORTH FACE.

Pour bien choisir, il faut alors vérifier les niveaux d’imperméabilité et de respirabilité, ainsi que la qualité de construction de la veste. Un essai en magasin permet de se faire une idée du toucher de la veste (et donc de sa robustesse), et de vérifier que la coupe nous convient.

Pour les pantalons de protection, l’expérience me fait dire qu’ils ont des problèmes à garder la position à la taille lors de la marche. Le format salopette me paraît bien plus judicieux, mais a le désavantage de peser plus lourd. Si la couche du dessous sèche rapidement, et utilise une matière softshell, et si les conditions ne sont pas au gros temps en permanence, il vaut mieux se passer de la protection pour les jambes.

Avoir un short lorsqu’il pleut est par exemple une bonne idée pour les averses, car le short va sécher rapidement et ne pèse rien. On pourra ensuite passer un pantalon softshell après l’averse pour se réchauffer les jambes. L’inconvénient du short est que l’eau va couler le long des jambes, puis humidifier le couple chaussettes chaussures.

Le scandale des composés fluorés

En 2012, GREENPEACE a lancé sa campagne « DETOX » visant à alerter nous autres, consommateurs de matériel outdoor, sur la présence de composés PFC sur les produits de nos fabricants préférés. Ces PFC sont des structures de carbone plus ou moins longues, contenant des atomes de fluor. Les liaisons carbone-fluor étant très stables, ces PFC ne sont pas biodégradables et s’accumulent dans l’environnement.

L’histoire ne s’arrête pas là, puisque ces composés sont hautement toxiques, aussi bien pour les écosystèmes que pour nous autres les utilisateurs. Les PFC ont un impact sur notre santé, notamment sur notre thyroïde et notre fertilité, pour ne citer qu’eux. Des endroits reculés et peu exposés à la présence humaine connaissent également des taux de concentrations alarmants.

Les fabricants utilisent ces PFC pour leur traitement DWR sur les chaussures, vestes, pantalons de pluie, sac à dos, bref, un peu partout. Histoire de compliquer encore un peu plus les choses, l’industrie semble avoir des difficultés à trouver des alternatives propres et durables. Des marques comme ARC’TERYX et PATAGONIA ont modifié la longueur des chaînes de carbone, passant de 8 à 6 atomes, permettant de réduire la toxicité du traitement, sans pour autant la faire disparaître. D’autres marques ont soi-disant trouvé des équivalences, mais nous ne sommes pas sur les mêmes niveaux de qualité et de durabilité…