Montagneur

Les textiles Softshells

Création: 19/07/2020 | Dernière modification: 02/12/2020

Les tissus softshells sont les derniers entrant dans le monde de l’habillement outdoor. Véritable phénomène de mode, les vestes softshells ont su s’imposer dans les placards des pratiquants, offrant enfin un nouveau compromis protection/respirabilité. Tour d’horizon de ces nouveaux textiles.

Le besoin du softshell

Un textile outdoor doit savoir nous protéger des éléments (vent et pluie) tout en laissant passer la vapeur générée par notre activité physique. Le premier souci est qu’augmenter la protection dégrade la respirabilité du textile. Le second souci est que le système multicouche implique de nombreuses manipulations pour s’adapter aux éléments et requiert un investissement important pour acquérir toutes ses composantes. C’est là que rentre en jeu le softshell.

Un tissu softshell souhaite répondre à ces deux problématiques, en proposant un textile à la fois respirant et protecteur. À la différence des couches déjà existantes, le softshell fait le pari que nous faisons de l’exercice dans des conditions clémentes. Ce qu’il dégrade en protection, ce tissu le gagne en respirabilité. Un textile softshell protège moins de la météo qu’un tissu hardshell. Il est également plus lourd et moins respirant qu’un tissu polaire. En revanche, il peut répondre aux deux besoins et offrir une solution plus économique en masse. Bien évidemment, ce que l’on gagne en polyvalence, on le perd en performance : être polyvalent signifie aussi être moyennement mauvais partout.

L’usage d’une veste softshell

Les textiles softshell sont le plus souvent soit des vestes, soit des pantalons, soit des gants. Certains t-shirts utilisent également ce type de tissu pour les environnements très froids. Je vais dans la suite me concentrer sur les vestes qui sont les textiles softshell les plus utilisés.

Une veste softshell est à l’aise lorsque les conditions météo sont clémentes. Elle permet de ne pas embarquer une hardshell, voire une polaire, et ainsi gagner en masse en empaquetant un vêtement polyvalent. Plus besoin d’empaqueter la hardshell dite fond de sac, celle que l’on prend au cas où. Durant nos exercices, le temps d’exploitation de la softshell est bien supérieur à nos vestes de protection pour peu que nous l’ayons bien choisi. Cette polyvalence rend la softshell particulièrement intéressante pour les sorties courtes. En revanche, plus la sortie comporte des jours, et moins elle sera pertinente. Une softshell est plus lourde qu’une hardshell, et moins performante pour faire face aux intempéries.

Bien qu’offrant plus de polyvalence qu’une autre veste, la veste softshell s’intègre assez mal dans le système multicouche. Il est possible de porter une polaire sous une softshell pour disposer d’encore plus d’isolation, à la condition de ne pas comprimer la couche d’air isolante. En revanche, les performances en respirabilité sont très dégradées lorsque l’on porte une hardshell sur la softshell. Si la météo vire vraiment au gros coton, le couple polaire (plus ou moins épaisse) et hardshell sera plus agréable et plus performant sans inclure de softshell dans l’équation.

La veste softshell est en revanche très intéressante pour les séances de course à pied et de grimpe. Très respirantes, elles sont aussi bien plus robustes et stretch qu’une hardshell. Elles sont également moins chères. On n’hésite alors moins à les utiliser dans des situations abrasives.

Les qualités d’un textile softshell

Un tissu softshell est un produit respirant, légèrement imperméable, élastique et légèrement isolant. Les points suivants développent en détail chacune de ses qualités, avec un point de vue général. Dans le cas du softshell, l’imperméabilité est le plus souvent le fruit d’une application DWR par exemple. Ces paragraphes visent à vous donner les connaissances pour comparer au mieux les offres des fabricants.

Imperméabilité

Pour créer de l’imperméabilité, les fabricants de vestes vont venir utiliser un tissu disposant de multiples trous dont la taille est inférieure à la taille des gouttes d’eau. Ce tissu est soit une membrane, c’est-à-dire un tissu dédié, soit un tissu « porteur » sur lequel on vient « enduire » (comme peindre) un produit pour réduire la taille des trous.

L’imperméabilité des membranes est plus durable que celles des enductions, car c’est une caractéristique physique du tissu, alors que l’enduit va petit à petit se désolidariser du tissu porteur. L’enduction est cependant moins chère qu’une membrane.

Pour quantifier cette imperméabilité, les fabricants parlent en hauteur de colonne d’eau, exprimée en millimètres. L’idée est d’indiquer qu’une veste reste imperméable à l’eau contenue dans un cylindre rempli d’eau et posé sur le tissu. Plus la hauteur de la colonne est importante, et plus la pression de l’eau au niveau du tissu est importante. Cette pression permet de tester la résistance du tissu au passage de l’eau et donc, plus la valeur de hauteur est élevée, et plus le tissu est imperméable. On peut considérer qu’une veste avec une imperméabilité estimée à 10 000 mm commence à être intéressante et une veste à 30 000 mm offre une protection sérieuse. Le Schmerber est également une unité pour l’imperméabilité, un Schmerber correspondant à une colonne d’eau haute de 1 mm.

Bien évidemment, une veste est un ensemble de tissus reliés entre eux, et les interfaces ont leur importance dans l’imperméabilité finale de la veste. Même avec des tissus imperméables, si on vient coudre et donc recréer des trous plus gros que les gouttes d’eau, la veste va prendre l’eau. Il faut alors faire attention à ce que les coutures soient imperméabilisées, en utilisant le plus souvent des bandes de silicones thermosoudées. Certains fabricants peuvent également assembler les tissus entre eux sans couture, en utilisant des procédés basés sur des lasers. La fermeture éclair est au même titre un point à regarder. Les fabricants utilisent également des garages à zip pour s’assurer que la veste reste bien imperméable lorsque la fermeture est fermée.

L’imperméabilité passe aussi par l’application d’un composé chimique sur l’extérieur de la veste, permettant de faire en sorte que les gouttes restent sous leur forme de goutte à la surface du tissu. Ainsi, il suffit de secouer la veste pour se débarrasser de l’eau. On parle de déperlance grâce à un traitement DWR (Durable Water Repellent). Cette déperlance ne va en revanche que tenir pour les premières pluies. Un lavage avec des produits dédiés est nécessaire pour conserver cette déperlance.

Respirabilité

Pour qu’un tissu « respire », il faut qu’il puisse évacuer la vapeur d’eau générée par notre corps. Le principe est le même que pour imperméabiliser le tissu : il faut des trous cette fois-ci plus grands que la taille des molécules de vapeur d’eau, plus petites que les gouttes d’eau. En revanche, si on veut évacuer de vapeurs, il faut augmenter, soit la taille des trous, soit en augmenter le nombre. La respirabilité maximale d’une veste est alors limitée par sa valeur d’imperméabilité.

La respirabilité s’exprime en g/m²/24 h, c’est-à-dire la quantité de vapeur qu’un mètre carré de tissus est capable de laisser passer en une journée. Cette valeur sera encore une fois inférieure sur la veste finale, car les zips et les bandes thermosoudées sont des obstacles au passage de la vapeur. Un tissu avec une respirabilité supérieure à 10 000 g/m²/24 h est dit respirant, les plus performants étant au-dessus de 30 000 g/m²/24 h.

On retrouve également le RET (Résistance Evaporation Transmission) pour quantifier la respirabilité, qui vient quantifier la résistance du tissu au passage de la vapeur. Plus le RET est faible, et le textile respire. Avec un RET < 6, nous avons un produit très respirant, et avec un RET > 12 montre un textile peu performant.

La respirabilité du textile est très sensible à son état de surface. Si celui-ci est recouvert d’eau, comme après des heures de pluie, les gouttes en surface vont venir boucher les pores, et la vapeur ne passera plus, annulant toute respirabilité. On aura alors la sensation que le textile laisse passer l’eau, mais il s’agira en fait de la transpiration condensée sur la face intérieure. Un traitement DWR permet de retarder ce phénomène. Laver régulièrement le textile permet également de conserver un tissu propre avec des pores dégagés de toute contamination.

Des zips sont également utilisés par les fabricants pour améliorer l’évacuation de l’air chaud. Généralement placés sous les aisselles dans le cas d’une veste, ils permettent d’évacuer efficacement de grosses quantités de vapeur, au détriment de l’imperméabilité et de la masse.

Liberté de mouvement

La liberté de mouvement est assurée par l’élasticité du tissu. Un mélange de fibres composé en partie de fibres élastiques, même aussi bas que 5 %, permet au textile de se déformer pour autoriser le mouvement du corps. Une coupe suffisamment longue au niveau du dos et des bras, ainsi qu’une capuche large, permet de conserver une bonne couverture durant ses mouvements. Attention néanmoins à l’orientation des fibres. Les textiles peuvent s’allonger soit dans une direction, soit sur les deux directions composant sa surface (avec des appellations 4D).

Isolation

L’isolation d’un tissu est le fruit de sa performance à ne pas transmettre de chaleur. Pas tout à fait antagonistes avec la respirabilité, cette dernière est néanmoins couramment sacrifiée pour disposer d’un textile chaud.

Les fabricants ne communiquent pas sur cette performance de manière factuelle, si ce n’est avec des arguments marketing. Certains testeurs de matériel utilisent des caméras thermiques pour quantifier cette isolation, en mesurant l’écart de température entre les deux faces du textile. Ces tests sont encore assez rares et rien ne vaut le retour d’expérience pour se faire un avis sur la question.

Nous pouvons cependant avancer que plus le tissu est épais, plus il devrait être isolant. Plus il est épais, et plus il est lourd, et un coup d’œil sur les masses des vestes et pantalons permet déjà de faire un premier tri. Mais le conditionnel est de rigueur: les textiles évoluent très rapidement dans le but d’offrir toujours plus de performances pour moins de poids.

Le choix d’un softshell

Nous retrouvons tous les types imaginables sur le marché, couvrant tous les champs du possible entre isolation et protection. C’est donc à vous de définir quel est l’usage que vous souhaitez couvrir et quelles performances vous attendez du produit.

Quelques points à considérer au moment du choix :

  • Certains textiles proposent du body mapping, utilisant plusieurs types de tissus en fonction des emplacements. Cette technique est très intéressante pour les produits près du corps, un peu moins lorsque l’on s’en éloigne.
  • Certains modèles embarquent une doublure en polaire. Ce que l’on gagne en isolation est perdu en polyvalence, la masse finale faisant qu’on hésite souvent à les empaqueter sur les missions de plusieurs jours.
  • Certains produits sont très légers, mais cela ne va pas forcément dire qu’ils soient plus fragiles. Rien de mieux que de toucher le tissu pour se faire une idée de sa robustesse.
  • Les softshell se salissent vite. Attention au choix de la couleur pour ne pas se retrouver avec un vêtement fade et hideux après quelques saisons.
  • Enfin, plus le textile est lourd, et moins il sera polyvalent.

Du côté des marques, ARC’TERYX est le roi de la veste softshell. RAB se défend pas mal également, tout comme MOUNTAIN-HARDWEAR et THE NORTH FACE. Attention néanmoins à ces deux derniers généralistes qui proposent à la fois du très bon comme du très mauvais.

Mes recommandations

Dans mon équipement, je compte deux vestes softshells, ainsi qu’un pantalon, un collant et une paire de gants.

La première veste est pour les activités dynamiques, comme le trail ou le fast-packing. Elle doit être légère, très agréable à porter, surtout avec un t-shirt manches courtes, et bien entendu, très respirante. Je n’attends pas ici qu’elle soit très protectrice. Lorsque je cours, l’humidité est toujours de mise et si j’ai vraiment besoin de protection, j’ai une veste de protection légère à ma disposition. La seconde veste est pour les activités à la journée, où il m’est possible de récupérer une prédiction fiable de la météo. Ici, je préfère privilégier la protection et l’isolation à la respirabilité. Si j’ai besoin de respirabilité, c’est que je suis en train de faire une activité dynamique, empaquetant alors la première softshell. Cette seconde veste doit être robuste pour les sessions de grimpe et d’alpinisme. Dans les deux cas, les vestes doivent embarquer une capuche, passant au-dessus d’un casque pour la seconde. Elles doivent également avoir le moins de poches possible, un zip pleine longueur, et enfin bien entourer le cou.

Le pantalon est celui que j’utilise le plus dès que les conditions ne sont plus (f)estivales. Le textile softshell doit être suffisamment stretch pour grimper avec. Il doit également offrir suffisamment de protection pour le porter lors d’activités en neige. Le collant est quant à lui prévu pour la course à pied, lorsqu’il pleut ou que le froid est mordant. Encore une fois, moins il y a de poches, mieux je me porte.

Enfin, les gants en softshell offrent un niveau de dextérité maximale, ainsi qu’un rapport isolation/masse très intéressant. Ces gants, qui sont mes plus légers, sont aussi généralement plus résistants que les modèles en laine ou en tissus plus classiques. Ici, POLARTEC Power Stretch Pro est le matériau à privilégier.

Dans tous les cas, lorsque vous considérez un tel achat, sachez que la coupe est fondamentale. Rien ne vaut un essai en magasin pour être sûr de faire le bon choix.