Planifier sa sortie montagne

Création: 16/12/2020 | Dernière modification: 16/12/2020

Expédition, trek, course de trail… il est possible de concevoir un schéma de préparation identique, quelle que soit la sortie. Bien que la motivation même de sortir soit concentrée sur le déroulement, la préparation permet d’une façon générale de réduire le stress, gagner du temps et ne rien oublier d’important en amont.

Plus les terrains sont éloignés de nos habitudes et plus ils nous poussent en dehors de notre zone de confort. Une bonne préparation aide à nous faciliter la tâche lors du déroulement de la sortie en nous gavant d’informations. Imaginez-vous, au milieu de nulle part, un partenaire en vrac : vous serez bien content de savoir où aller pour prévenir les secours. Ou à la sortie d’un bus, avec des prétendus guides qui vous disent qu’il est impossible de parcourir le trek sans eux. Préparer sa sortie permet de ne se concentrer que sur l’essentiel une fois sur le terrain : le plaisir d’être dans son élément.

Il existe autant de méthodes pour se préparer que d’athlètes. Nous allons vous présenter une des plus communes, la méthode dite trois par trois (3×3), qui fonctionne pour tous les types de sorties. Bien que nous prenions ici l’exemple d’une expédition à l’étranger, ces conseils de préparation s’appliquent très bien à des sorties moins compliquées.

La méthode 3x3

La méthode 3×3 consiste à croiser trois horizons de temps avec trois points de préparation. La combinaison de ces deux piliers de trois éléments permet de se souvenir facilement des actions à mener en fonction de l’horizon de temps considéré. Les trois horizons de temps sont :

  • en amont de la sortie
  • quelques jours avant le départ
  • pendant la sortie.

Les trois points de préparation sont quant à eux :

  • le terrain
  • la météo
  • le facteur humain

Cette méthode est très consommatrice de temps en amont de la sortie, mais permet de réduire le niveau de stress lorsque l’on est à quelques jours du départ lorsqu’elle est bien appliquée. Revue de détail des différentes combinaisons.

I - En amont de la sortie

a - Le terrain

La préparation du terrain en amont représente la plus grande partie du travail de préparation. Il s’agit de récolter un maximum d’informations sur le terrain de la sortie, afin de déterminer à minima un itinéraire et un planning. Ces informations serviront également à alimenter la préparation des équipiers (liste de matériel, briefing…). Cette phase consiste également à récolter des informations sur le pays ou la région visitée, afin de faciliter sa venue.

Informations sur le pays d'accueil

Si vous comptez effectuer votre sortie dans votre pays de résidence, vous pouvez sauter cette partie. En effet, il va s’agir ici de récolter des informations sur les us et coutumes du pays qui va vous accueillir. Les questions qui doivent trouver des réponses sont les suivantes :

  • Quelle est (sont) la (ou les) langue(s) officielle(s) ? Il y a de grandes chances que vous ne la parliez pas, aussi renseignez-vous si les langues que vous maîtrisez suffisent à vous faire comprendre.
  • Quelles sont les conditions pour pouvoir entrer sur ce territoire ? Regardez notamment les visas (et aux conditions pour y prétendre) et vaccins obligatoires.
  • Quelle est la monnaie locale ? À quel taux de change ? Paie-t-on de préférence en liquide, par virement, par carte bancaire ? Y a-t-il des cartes qui ne fonctionnent pas ?
  • Le pays d’accueil est-il stable politiquement ? Quels sont les comportements à adopter pour préserver sa sécurité ?
  • Quel est le lien entre les habitants et les religions ? Y a-t-il des comportements à éviter ou des règles à suivre ?
  • Y a-t-il des restrictions à l’importation ? Regardez notamment par rapport à l’électronique (radios) ou à l’alimentation.

Pour répondre à ces questions, le site « Conseils aux voyageurs » du ministère des Affaires étrangères est une étape presque obligatoire. Les fiches pays sont de bonnes synthèses de renseignements. Les guides généralistes (Lonely Planet, Routard…) sont également de bonne source, et permettent de faciliter les passages en ville.

Petit aparté, les touristes français ont mauvaise presse à l’étranger, du fait que la majorité de nos compatriotes n’essaient que de parler français et ne restent qu’entre eux. Nous nous plaignons souvent de la nourriture, souvent à raison, on ne va pas se mentir. Il n’en reste pas moins que l’on vous invite à redorer un peu le blason en restant ouverts d’esprits.

Etablir son itinéraire

En fonction de ce que l’on souhaite faire, il est maintenant temps d’établir un itinéraire. Le mieux pour cela est de consulter la section Navigation stratégique de la page Navigation.

Pour les terrains non familiers, il est recommandé de choisir un parcours dont la difficulté reste dans sa zone de confort. En effet, il faut prendre en compte les défis annexes, tels que le fait de voyager dans un endroit où l’on ne parle pas, ou mal la langue, où l’on ne connait pas les mœurs, ou si le terrain offre des challenges en termes de navigation, d’altitude, d’isolement ou de météo. Quitte à revenir plus tard pour des défis plus velus.

Informations annexes du parcours

La montagne n’est pas forcément libre d’accès partout dans le monde, et après s’être occupé des formalités administratives pour entrer dans le pays visité, il va falloir maintenant regarder les conditions d’accès.

Dans la plupart des cas, il vous sera demandé d’obtenir un permis avant de pouvoir entrer dans votre futur terrain de jeux. Dans le cas d’un parc national, les gardiens vous renseigneront. Dans les autres cas de figure, vous pouvez vous renseigner auprès d’autres personnes qui sont récemment passées par là. Si effectivement vous avez besoin d’un permis, il va falloir déterminer quelle est la durée moyenne à anticiper pour sa demande, quelles conditions sont à remplir et quel est le prix du permis.

En plus du permis, recherchez le taux de fréquentation, pour vous assurer que vous aurez de la place aux campements (s’ils sont obligatoires) notamment. Il va falloir aussi se renseigner sur la faune et la flore, et s’il y a des recommandations à suivre. Par exemple, si des ours sont présents sur le parcours, il faudra sûrement prévoir un moyen de suspendre sa nourriture ou disposer d’un baril spécial pour la protéger.

b - La météo

Maintenant que vous disposez de votre itinéraire, il va être question de déterminer la météo associée aux différentes périodes de l’année. Plutôt que de météo, c’est le climat qui nous intéresse ici. Le but est de comprendre qu’elles sont les périodes les plus propices au succès de l’expédition, et quelles conditions de vent (prédominance, vitesse…), de précipitations et de températures le groupe devra faire face. C’est également dans cette phase de recherche que l’on va identifier les sites permettant d’avoir les prévisions météo qui serviront quelques jours avant le départ.

Sur le principe, la recherche est simple. Dans la pratique, ça se complique déjà plus. Ils existent pléthores de sites de prévisions, mais assez peu d’historiques. Faites notamment attention aux sources historiques pour savoir s’il s’agit d’enregistrements réels ou des résultats de simulation.

Les sources peuvent parfois venir des gardiens de parc, des offices de tourisme, des guides papier, des topos et des comptes-rendus disponibles sur le net. Il existe quelques sites permettant de faire des recherches dans des historiques de simulation, tels que Historique-Météo.net

c - Le facteur humain

Une fois les informations sur l’itinéraire et sur le climat en main, il va falloir se poser et réfléchir aux conditions d’exécution.

Participants

Ah les participants… Vous pouvez décider de partir seul si vous vous en sentez capable. Dans la plupart des cas, les gens décident de partir en petit groupe pour se motiver mutuellement et/ou partager aussi bien la préparation que la difficulté.

Avec une idée de la difficulté de l’itinéraire, de son attractivité, et des meilleures périodes de départ, c’est le moment de recruter ses potentiels équipiers. Rien de tel que de préparer un résumé de ce que vous comptez faire pour vous faire bien comprendre. Un exposé clair permet d’éviter les discussions parasites. Rien de pire qu’une mauvaise communication pour perdre la main mise sur son projet (surtout s’il vous tient à cœur) ou la motivation.

Au-delà de l’engouement des différents participants, et si vous êtes le leader du groupe, il va falloir déterminer la condition physique et le niveau d’expérience des participants, et veiller à ce qu’il n’y ait pas trop d’écarts. Il est tout à fait envisageable d’embarquer un méga pro avec un grand débutant, mais il faut dans ce cas les avertir des différences de motivation qui pourraient apparaître une fois dans l’action. Posez-vous aussi la question de la taille du groupe. Un trop grand groupe peut nuire à l’expérience d’intimité avec le terrain, mais un groupe trop petit vous expose aux potentielles défaillances. La taille du groupe doit être également compatible avec le terrain, surtout dans le cas où vous allez devoir former des cordées.

Tout au long de la préparation, il est essentiel que le leader partage l’avancement du projet et les informations récoltées. D’une part pour impliquer les membres du groupe et réduire la pression sur les épaules du leader, mais également pour anticiper d’éventuelles défaillances mettant à mal la viabilité du projet.

Il est important de clarifier qui joue (nt) le(s) rôle(s) de leader durant le parcours.

Établir un planning

Les renseignements récoltés vont maintenant nous permettre de générer un planning de l’expédition. Ce planning est composé d’une partie en amont du terrain, et d’une partie sur le terrain.

La partie en amont du terrain doit traiter les questions de permis, de visas, d’éventuels vaccins et de leurs rappels, etc. Il doit également prendre en compte la durée du voyage entre chez vous et le point de départ de l’expédition, ainsi que de celle du groupe (avec la définition d’un point de ralliement).

La partie sur le terrain va être calculée à partir de l’itinéraire et de la condition physique du groupe. L’idée ici est de découper le kilométrage et le dénivelé en temps de progression. Cela implique néanmoins que l’on connaisse son niveau…

La vitesse moyenne, ou la distance raisonnable que l’on peut parcourir par jour va dépendre de la condition physique du groupe. Sur un trek au long cours, 20 km est une bonne moyenne, 15 une moyenne basse et 30 une très bonne moyenne. En revanche, la difficulté de l’estimation dans un environnement montagneux est la prise en compte du dénivelé.

Une bonne règle d’approximation est de diviser par 100 le dénivelé est de l’ajouter au kilométrage quotidien. Cela revient à dire que 20 km avec 1000 m de dénivelé positif est équivalent à 30 km sur le plat (30 = 20 + 1000/100). Ne pas se laisser avoir, le dénivelé négatif est aussi important que le dénivelé positif. Pour le prendre en compte, on peut diviser le dénivelé négatif par 20 et l’ajouter au calcul. À pondérer enfin de la masse du sac à dos.

On se retrouve alors avec un nombre de jours à prévoir pour parcourir l’itinéraire retenu. Au moment de finaliser le planning, il faut penser à ajouter des jours de réserve. Ces jours permettent de gérer les imprévus : blessures légères, maladies (souvent gastriques), attentes forcées, bagages qui n’arrivent pas en même temps que vous. Combien ? Cela dépend de votre expérience, du climat et du temps disponible par ailleurs. Si la météo est peu propice aux tempêtes, un jour de réserve tous les 10 jours est un bon point de départ.

Sécurité

On entend par sécurité tout ce qui a un rapport avec une opération de sauvetage. Nous sommes chanceux en France, les secours sont performants et gratuits. Appeler à l’aide consiste justement à appeler, avec la chance de voir arriver les secours très rapidement.

La situation n’est pas identique dans la grande majorité des autres nations. Durant cette phase de préparation, il va falloir regarder en détail quels sont les moyens de secours potentiels et à quels coûts. Connaitre les moyens existants fournira des éléments de réflexion quant à la justesse de vos connaissances et à la conception de votre liste de matériel. D’un point de vue matériel, pour appeler les secours, rien ne vaut un appareil compatible avec la constellation Iridium. Les téléphones satellites sont les plus simples à employer, mais ils sont onéreux et encore faut-il avoir pré enregistré le numéro des secours. Une solution plus économique est de prendre une balise du type InReach ou Spot (InReach offre une meilleure couverture mondiale).

Quant aux coûts, s’ils sont à votre charge, il devient primordial de souscrire à une assurance incluant « les frais de recherche et de sauvetage* », avec un remboursement important. L’hélicoptère est le plus souvent employé pour les opérations de sauvetage et l’heure de vol se compte en millier d’euros. Un remboursement potentiel de 50 000 dollars par opération est un minimum à considérer. Il est également crucial de vérifier les limites géographiques de votre assurance, notamment l’altitude maximale couverte.

Parmi les petits trucs, pensez à scanner tous vos documents officiels, comme passeport, certificats de vaccination, attestations d’assurance, licences, et déposer le tout en ligne. Le plus simple est de s’envoyer un courriel à soi-même. Toutes ces informations permettront de gérer simplement et rapidement les formalités post secours.

L’opération de recherche consiste à vous localiser. L’opération de secours consiste à vous ramener en lieu sûr.

Budget

Établir un budget est clé d’une part pour ne pas se faire arnaquer sur place (en ayant identifié les tarifs usuellement pratiqués) et d’autre part pour se faire plaisir sans avoir à s’endetter. Combien de voyages gâchés par l’oubli de prises en compte de frais cachés…

Le premier gros poste de dépense est le transport, qu’ils soient internationaux ou locaux. Dans le cas de l’avion, les combinaisons de vols (contraire des vols directs) sont les moins chers, mais vous devrez alors endurer du transit souvent assez long. Pour les anglophones, http://www.sleepinginairports.net/ permet de savoir si l’aéroport de transit est propice à passer une bonne nuit (horaire d’ouverture, présence de lits gratuits, conseils…). Le train est une solution très intéressante lorsqu’il est sûr et confortable. Une fois sur place, il faut regarder le coût de la course entre la gare/aéroport et son point de chute, ainsi que le coût entre la civilisation et le point de départ de votre expédition. Plus celui-ci sera dans une zone reculée, plus le prix demandé sera important. N’oubliez pas de regarder le prix pour le retour !

Vient ensuite le logement. Si vous dormez sous la tente, ça sera vite vu, à moins que les zones de bivouac soient imposées et payantes. Si vous comptez dormir en refuge, et que vous pouvez réserver, faites-le pour éviter de se faire rejeter devant la porte sans solutions de repli. Si les refuges sont gratuits, essayez d’arriver en fin de journée plutôt qu’en soirée, pour avoir une bonne place. Soyez sympas avec les suivants, ne les rejetez pas, ça pourrait être vous. Si vous dormez en dur (lodge ou hôtel), il suffit d’additionner les petites notes…

La nourriture est souvent l’un des gros postes de dépenses, surtout quand des lyophilisés entrent dans les menus. Si vous comptez manger dans des restaurants ou lodges, les guides donnent des informations sur le budget moyen à prévoir. Si la sortie est engagée, on peut partir avec l’ensemble de sa nourriture, sauf si certains produits sont interdits (importation de saucisson en Argentine lorsque l’on vient du Chili par exemple). Acheter sur place est souvent plus intéressant financièrement, mais vous restez tributaire des disponibilités en supermarché, et nécessite d’y consacrer une demi-journée pour trouver tout le nécessaire.

Les permis et visas, s’ils sont obligatoires, représentent parfois un budget non négligeable. Si vous comptez embaucher porteurs et guides, prévoyez de les payer éthiquement. Même si cela représente un budget pour vous, ceux d’en face peuvent se poser la question de qui sont ses gens qui se payent l’avion, mais qui ne sont pas capables de payer un juste salaire.

Enfin, renseignez-vous sur les prix des restaurants, cinémas, excursions, etc. Ce sont des petits extras qui permettent de se faire plaisir après une expédition exténuante et ne pas rester des jours enfermés dans sa chambre en attendant le retour au pays.

Chacun est libre de gérer son budget comme il le souhaite. On vous conseille seulement de partir sur une expédition où vous serez confortable avec votre budget pour profiter sans avoir à penser argent en permanence. Il est tout à fait possible de s’esquinter la santé sur une expédition ayant comme départ le pas de votre porte.

Santé

La santé, parlons-en. Avant de partir, un petit bilan de santé peut s’avérer utile. Surtout si vous prévoyez de rester plusieurs semaines en zone reculée. Regardez notamment si vous êtes jour niveau vaccin. Vous serez surpris d’apprendre que les maux de dents sont une cause importante d’abandon d’expéditions : un petit tour chez le dentiste permet de couvrir cela.

C’est aussi le moment d’établir votre fiche médicale et de la partager avec votre équipe. On vous donne ci-dessous un exemple de liste.

  • Nom :
  • Prénom :
  • Adresse :
  • Téléphone :
  • Mail :
  • Contact d’urgence :
  • Assurance :
  • Date de naissance :
  • Groupe sanguin :
  • Taille :
  • Poids :
  • Allergies connues :
  • Lésions à la colonne :
  • Problèmes respiratoires :
  • Diabète :
  • Maladies cardiovasculaires :
  • Épilepsie : Convulsions (si oui, spécifiez les causes):
  • Problèmes gastro-intestinaux :
  • Hypertension :
  • Hépatites :
  • Traitements médicaux récurrents :
  • Comment qualifieriez-vous votre santé ?
  • Quelle est l’altitude maximale que vous avez atteinte dans votre vie ?

Aussi bien pour l’aspect santé que sécurité, nous vous invitons à suivre un stage de premiers secours en milieu reculé, du type WAFA voire mieux, WFR.

Liste de matériel

Une fois que l’on a les détails de l’itinéraire et de la météo, ainsi qu’une idée de la taille du groupe, on a tous les éléments en main pour construire une liste de matériel. Dans le cas d’un groupe, il y en aura deux, une pour le matériel commun, une pour le matériel personnel.

Le matériel commun est généralement celui touchant au campement, telles que tentes, cuisines… ainsi que le matériel spécifique partageable, tels que cordes, pièces de protection…

Le matériel personnel est vos vêtements, vos affaires pour dormir, pour manger, vos affaires personnelles et votre matériel de protection.

Faire sa liste d’équipement dépend bien évidemment des conditions météorologiques, du type de sortie que vous prévoyez et du temps que vous estimez nécessaire. Mais un bon point de départ est de partir de la liste des 10 essentiels à prévoir lorsque l’on sort en montagne :

  • Navigation : cela peut être une carte, une boussole, un topo ou un GPS. Dans tous les cas, plus la sortie est engagée et plus il faudra prévoir des doublons ou des triplettes (carte + GPS, 3 GPS, carte + topo…) pour s’assurer d’avoir toujours la capacité de se repérer en cas de problèmes (carte perdue ou déchirée, plus de piles dans le GPS…).
  • Protection solaire : casquette, chapeau, crème solaire…
  • Isolation thermique et pluie : vestes chaudes et de pluie, dites fond du sac si les conditions sont estivales.
  • Lumière : un smartphone peut faire l’affaire sur des sorties à la journée, mais une frontale est plus agréable à utiliser.
  • Matériel de premiers secours : pharmacie, couverture de survie.
  • Feu : allumettes, briquets, kit allume-feu, pour se réchauffer au cas où l’on doit passer une nuit imprévue dehors
  • Kit de réparation : lacet, scotch, ou plus perfectionné
  • Nourriture : pour la durée de la sortie + un petit extra
  • Eau : 2L est un minimum par jour
  • Abri d’urgence (dans certains cas, l’abri d’urgence peut être remplacé par des refuges que l’on a repérés)

Cette liste peut être démesurée dans le cas d’une sortie à la journée dans les volcans d’Auvergne, mais elle a le mérite de bien synthétiser ce que l’on doit prévoir en terrain un peu plus engagé. À cette liste, on va ensuite ajouter d’autres équipements nécessaires pour la sortie, notamment si vous devez progresser en roche ou en glace. Dans tous les cas, n’oubliez pas de vous familiariser avec ce matériel durant ce temps amont.

Si vous prenez l’avion, il est impossible de transporter son propre carburant. Il faut alors identifier quel type de carburant est disponible sur site (par exemple, les cartouches de gaz ne sont pas disponibles en Éthiopie) et s’y adapter. Les réchauds multi carburants permettent de s’affranchir de la question, mais sont lourds à porter et à mettre en œuvre.

II - À quelques jours du départ

a - Le terrain

L’idée consiste ici à récupérer des informations sur l’état du terrain, informations les plus fraîches possible. Cette recherche, si elle est fructueuse, permettra de savoir les conditions du terrain, notamment si le sentier est visible et dégagé, s’il y a encore de la neige, si le terrain est détrempé. Ainsi, on sera à même de briefer son équipe avec les derniers éléments et mettre à jour les listes de matériel si le besoin se fait sentir.

Ces informations sont à chercher du côté des forums, des comptes-rendus récents, ou directement auprès des gestionnaires de parc ou des offices du tourisme. Une autre solution consiste à identifier des montagnards locaux et de leur poser directement la question.

Si vous partez à l’étranger, une autre chose à faire est de s’inscrire sur le portail Ariane du ministère des Affaires étrangères. Cette inscription permet à l’ambassade de savoir si elle doit s’inquiéter de votre sort en cas de catastrophe dans le pays. En revanche, le ministère est très clair sur un point : les ambassades ne sont pas des agences de voyages. C’est à vous de vous débrouiller en cas d’accident personnel ou en cas de problèmes durant votre voyage.

b - La météo

Il est temps de procéder aux ultimes contrôles météo avant de partir, afin de valider sa liste de matériel ou annuler sa sortie si le temps ne se prête pas à la sécurité. Soit à partir des sources que vous auriez pu identifier durant la recherche en amont, soit à partir des sites de météos génériques.

À ce propos, on vous recommande Windy, qui permet d’avoir des prévisions court terme à n’importe quel endroit de la planète, et de comparer plusieurs modèles de prévisions.

c - Le facteur humain

Gestion de l'équipe

Si vous êtes le leader du groupe, c’est le moment de consulter l’état de préparation de votre équipe et d’identifier les personnes renonçant à la sortie. L’expérience montre qu’il y a toujours plus de volontaires à un mois du départ que la veille. Il faudra aussi briefer son équipe sur les dernières informations et rappeler les points clés des prochains jours menant au départ. Enfin, pensez à identifier les blessures, les niveaux de motivations, et les limitations des participants.

Préparer sa nourriture

Si vous comptez emporter votre nourriture, c’est le moment de bien l’empaqueter et de retirer un maximum d’emballage. Pour la nourriture lyophilisée, le meilleur fournisseur français est le site Lyophilise et les marques avec le meilleur goût Real Turmatt. Faites une liste de repas pour aider aux derniers achats si vous partez à l’étranger, et identifier les potentiels points de vente par avance (par exemple via Google Maps).

Lors de la préparation, l’idéal est d’empaqueter par jour (et par repas), afin de s’assurer que l’on ne mange ni trop peu, ni pas assez. Variez les goûts et apportez chaque jour une petite touche plaisir. Prenez-garde, en altitude (au-delà de 4000 m), la digestion est plus difficile et la nausée fréquente, alors qu’il faut continuer à ingérer des calories.

Préparer son véhicule

Si vous comptez prendre votre véhicule pour vous rendre sur le terrain, assurez-vous par avance qu’il est bien en état et apte à rester stationné durant une longue période (ce qui peut vider la batterie).

  • Vérifiez l’état de sa batterie, et si les conditions météo sont peu clémentes, notamment s’il fait froid la nuit, ou que votre itinéraire est long, pensez à prendre un booster de batterie.
  • Vérifier l’état des pneumatiques, et de la roue de secours. Une pompe à vélo peut gonfler un pneu de voiture. Ce n’est ni pratique ni rapide, mais ça fait le travail.
  • Faites-le plein pour éviter d’avoir des problèmes avec trop de dépôts.
  • Empaqueter une seconde clé, à confier à un membre du groupe ou à cacher dans le châssis du véhicule.
  • Emporter du petit outillage costaud pour changer une roue ou démonter la batterie.
  • Vider le véhicule des objets non essentiels pour éviter les tentations de vols.
  • Vérifier si vous avez besoin de chaînes à neige ou de pneumatiques hiver avec marquage 3PMSF.

N’oubliez pas votre permis de conduire et les papiers du véhicule.

Préparer ses affaires

Préparer son sac à dos consiste d’une part à faire la liste de l’équipement dont nous avons vraiment besoin, puis de le placer de manière intelligente dans le sac. On vous conseille de partir avec vos propres affaires dès que vous partez de chez vous. Ainsi, pas de stress à avoir sur la disponibilité ou non de ce qui vous manque. En procédant de la sorte, vous partez également avec un matériel dont vous connaissez les limites et que vous êtes habitué à manipuler. Sur certaines destinations, il peut être indiqué que le matériel est moins cher sur place, mais c’est souvent de la contrefaçon. Et si les prix sont vraiment intéressants, et qu’il ne s’agit pas de copie (gare à la douane au retour sinon), rien ne vous empêche d’en acheter avant de repartir en prévision d’un futur trek.

Il ne reste plus maintenant qu’à mettre tout ça dans le sac à dos, pour transporter confortablement ses affaires tout en les protégeant. Autrement écrit, le sac à dos doit être chargé de sorte à conserver son équilibre, limiter les points de pression entre le sac et notre corps, et préserver l’intégrité physique des pièces d’équipement en les protégeant à la fois des agressions extérieures (pluie, frottement,), mais aussi intérieures (fuites, pointes,).

La science ici est alors d’organiser le sac de sorte à limiter le poids et le volume, avoir un centre de gravité proche de celui du corps et d’isoler chaque élément entre eux, tout en disposant d’un accès facile et rapide à chacun d’entre eux. L’opération apparaît complexe, mais beaucoup de cerveaux se sont penchés sur le problème et il en est ressorti un moyen mnémotechnique pour s’y retrouver : la méthode ABCs.

A : Accessibility ou accessibilité en français : le matériel que vous allez utiliser ou potentiellement utiliser doit être placé près des ouvertures du sac, et ce qui ne le sera pas au fond. Typiquement, l’eau, les lunettes de soleil, la pharmacie, les rations pour la journée doivent être placées dans les poches du sac. Le sac de couchage, le réchaud, le reste de la nourriture peuvent être quant à eux placés au fond.

B : Balance ou équilibré en français : les éléments les plus lourds doivent être placés au plus près du dos, idéalement à la moitié en hauteur du sac. La méthode consiste à placer en premier au fond le sac de couchage et le matelas, puis de mettre par-dessus la popote, le réchaud et la nourriture, et enfin encore au-dessus la tente et les vêtements pour caler tout l’équipement.

C : Compression : chaque élément de matériel doit occuper le minimum d’espace possible. Un sac de couchage peut par exemple être comprimé en utilisant, attention… un sac de compression. Idem pour les vêtements.

D : Dry pour sec, ou plutôt, comment conserver l’équipement sec. Le tissu du sac à dos est bien souvent insuffisant pour protéger des intempéries le contenu, même avec une cape de pluie (à chaque fois de piètre qualité). Comme disent les commandos, on doit être capable de se jeter à l’eau avec le sac sans que ça soit la catastrophe. Bien évidemment que dans ce cas-là, ça sera la cata, mais vous avez compris le principe. Le principe Dry est de créer des groupes (nourriture, couchage, vêtements…) que l’on va isoler les uns des autres par le biais de sacs étanche (ou plutôt imperméable). Ainsi, si la gourde fuit (pire, la bouteille d’essence) ou une cannette explose dans le sac de nourriture, le reste de vos affaires reste au sec. De même si la pluie vient à bout du sac à dos.

E : Everything in the inside, que l’on pourrait traduire par truc qui pendouille, truc qui casse les c*. Nous avons tous en tête cette image du sac de baroudeurs avec la tasse en céramique attachée à l’extérieur. Premier signe de l’amateur. Tout l’équipement doit se trouver à l’intérieur du sac, pour des questions d’équilibre et de protection contre les intempéries et les sources d’abrasions ou de déchirures. Sans oublier que du matériel qui pend au sac est source de bruits, le son d’une tasse tapant le sac à chaque pas aura vite fait de détruire votre patience.

F : Food above fuel, la nourriture au-dessus du carburant. C’est tellement une évidence que l’on pourrait l’oublier (comme empaqueter le papier toilette). À l’intérieur du sac, il est important de placer la nourriture au-dessus du carburant pour qu’une fuite de ce dernier ne contamine pas les denrées. Au passage, le carburant ne s’utilise généralement qu’au camp, sa place est donc au fond du sac.

Une fois son sac à dos terminé, l’idéal est de le vider puis de le remplir à nouveau, plusieurs fois, pour s’assurer d’avoir trouvé l’organisation parfaite permettant d’être rapide et efficace sur le terrain. Lors de cette étape, il est intéressant de se demander à chaque fois que l’on charge le sac d’un équipement, si l’on en a vraiment besoin. Plus le sac est léger, meilleur sera le confort de portage et la sécurité (on avance plus vite), et donc l’expérience de la sortie.

Enfin, et si vous prenez l’avion, assurez-vous que votre bagage est compatible avec les normes de transport (dimensions, masses).

Partager ses plans

Informez également vos proches de votre programme. On aime à demander au moins à deux personnes d’être nos contacts en cas de problème. S’ils acceptent, on leur fournit toutes les informations relatives à la sortie (y compris la liste de matériel), et nous leur envoyons une copie des documents officiels. Il faut que ça soit au plus simple et le moins intrusif pour ces personnes. Le mieux est de mettre toutes les informations avec un fichier ReadMe dans un dossier disponible sur un cloud. Comme ça, vous n’inondez pas vos contacts d’urgence de mises à jour et ils ont la confiance d’avoir toutes les informations nécessaires dans un seul et même endroit.

Si vos proches ne sont pas coutumiers de la montagne, veillez à bien leur expliquer de quoi il retourne. Il nous est déjà arrivé de mettre un contact d’urgence, une personne qui ne connaissait rien à l’ultratrail. L’organisation a eu un raté et a appelé ce même contact pour la prévenir que l’on était perdu. Elle était sous le choc d’apprendre qu’en fait, on courait aussi la nuit dans la montagne. Alors, imaginez maintenant si c’était votre mère…

Bon à savoir : disposer de tous les détails de son expédition ou parcours, organisés pour en faciliter la lecture, peut impressionner d’éventuels bureaucrates réfractaires et faciliter des démarches administratives.

Un dernier conseil avant de partir

Après avoir fait toute cette planification, et que vous êtes sur le point de partir, on vous recommande de faire le ménage chez vous, et de préparer votre logement à votre absence. C’est toujours plus sympa de rentrer et de pouvoir se poser direct. La dernière fois qu’on est allé au Népal, on avait oublié de sortir le poulet qui refroidissait du four. Un mois après, on vous laisse imaginer l’odeur…

III - Pendant la sortie

On n’est plus vraiment dans la préparation, mais dans l’anticipation. Passons maintenant à la dernière colonne de la méthode 3×3.

a - Le terrain

Les participants doivent analyser en permanence le terrain, en haut (qu’est-ce qui va nous tomber dessus), en bas (va-t-on glisser ou tomber) et sur les côtés (conséquence d’une chute, avalanches, éboulements). Une analyse commune du terrain permet de progresser en sécurité et de revenir en confiance sur ses pas au cas où le groupe se perd. Un conseil sur ce point, si vous êtes perdu, chercher des raccourcis peut être plus consommateur de temps et d’énergie que de revenir sur ses pas, même si cela peut être très déprimant.

b - La météo

Une fois dans l’action, s’occuper de la météo consiste à garder les yeux ouverts. Observez le ciel pour y déceler de potentielles évolutions. Consultez votre baromètre pour détecter des changements brusques de pression. Adaptez-vous aux conditions météo, par exemple en modifiant votre parcours suivant la couleur du ciel ou en protégeant vos affaires d’une potentielle averse visible.

c - Le facteur humain

Ici, il va falloir suivre l’évolution de votre forme physique et de votre état mental au cours de la sortie. Voir celui des autres si vous êtes le leader du groupe. Les dynamiques de groupe sont à surveiller comme du lait sur le feu, et ce qui s’apparente parfois à des blagues potaches, peuvent être ressenties comme des pics par des membres de votre équipe. Sachez rester à l’écoute des autres, posez des questions pour déterminer les états physiques et mentaux et assurez-vous de garder une dynamique positive. Surveillez également les blessures et maladies potentielles en cours de développement. Faites un briefing chaque soir de comment s’est passé la journée, et rappelez le plan pour le lendemain. C’est bien évidemment plus facile de s’imposer lorsque l’on est un guide professionnel que le leader d’un groupe de copains, mais à vous de trouver votre truc.

Enfin, à la fin de chaque journée, prenez le temps d’analyser avec le groupe le bon déroulement de la sortie. Pour cela, vous pouvez utiliser la méthode des 3 couleurs :

  • Rouge : quelles erreurs ont été faites ?
  • Gris : quels sont les points à améliorer pour être meilleur ?
  • Vert : de quoi peut-on être fier ?