#101 Apprendre la conduite en tout-terrain

Rejoindre le point de départ d'une expédition en montagne passe souvent par des pistes défoncées, des gués, de la neige ou des pierriers. Maîtriser la conduite en tout-terrain est une compétence utile même pour ceux qui ne sont pas au volant : le conducteur peut être amené à se reposer, se blesser ou manquer d'expérience sur un passage difficile. Savoir prendre le relais réduit le risque et limite le stress en approche. Cette page pose les bases pour aborder la conduite hors route en milieu montagneux.

Les différents types de terrain

Le tout-terrain en montagne se manifeste par différents revêtements, que sont :

Il est essentiel de ne conduire que sur les chemins prévus à cet effet. Le passage hors piste dégrade fortement l'écosystème et laisse des traces durables. Voir #101 - Protéger notre environnement. Chacun de ces revêtements est autant d’obstacles à la progression. Certains sont simples, tels que les pistes classiques, d’autres clairement compliqués comme les passages à gué. Bien évidemment, vous pouvez vous retrouver avec une combinaison d’obstacles, telle qu’une piste longeant une falaise, recouverte de neige, tenant sur une fine couche de glace. Le but maintenant est d’apprendre à reconnaître ces obstacles, les anticiper lors de la préparation, pour les affronter avec la bonne compétence et un véhicule adapté. Les sections suivantes détaillent chacun de ces aspects.

Reconnaître les obstacles

Une méthode efficace pour reconnaître les obstacles est de découper mentalement la piste devant vous en tronçon. La fin de chaque tronçon doit être visible, avec une zone où vous êtes surs de pouvoir vous arrêter et repartir. Il ne restera alors plus qu’à adopter la conduite en fonction du terrain composant le tronçon. Ce découpage mental occupe pas mal le cerveau. La conséquence est que la conduite en tout-terrain est beaucoup plus lente que sur route conventionnelle. L’expérience permettra de hausser le rythme, mais en cas de doute, il vaut mieux ralentir pour éviter la perte de contrôle. Il n’est pas rare non plus en tout-terrain de descendre du véhicule pour reconnaître le terrain. Exemple : sans reconnaissance préalable, un virage paraissant simple peut dissimuler un bourbier de plusieurs centaines de mètres. Un véhicule enlisé loin de la route peut mobiliser des ressources considérables pour être extrait. La reconnaissance sur pied avant les passages douteux est une règle de base. La position de conduite est importante pour ne pas se faire surprendre par le terrain. Le plus important est de poser les mains sur l’extérieur du volant (les pousses compris). Une roche peut en effet donner un coup dans la direction, le volant tournant d’un coup et pouvant casser une main ou un doigt se trouvant sur son passage. Quant aux pédales, les utiliser aussi doucement que possible, pour que le véhicule ne soit pas brusque. L’adage du tout-terrain est d’aller aussi lentement que possible et aussi vite que nécessaire. Enfin, si l’obstacle est insurmontable, il n’y a pas de honte à faire demi-tour.

Anticipation du parcours

Au même titre que l’on prépare son parcours en montagne, il va falloir regarder les caractéristiques de l’itinéraire en voiture. Le premier point de préparation est le parcours en tant que tel. À partir d’une carte (mieux, à partir de plusieurs), il va falloir identifier les obstacles qui paraissent évidents et les virages qui semblent dangereux. Pensez également à vérifier si une autorisation est nécessaire pour passer. Il est utile également d’identifier où l’on pourra garer le véhicule, s’il y a des endroits propices à faire demi-tour et d’autres pour poser un camp. Vous pouvez ensuite tout noter (tel obstacle à telle distance) sur un papier que vous emporterez avec vous. Vous pouvez aussi faire une trace GPX, sur laquelle créer des points d’intérêts identifiant les zones à risque. Le second point de préparation est la météo sur le parcours. Bien évidemment, il y a de fortes chances que vous ayez des prévisions météo pour votre expédition. Ces prévisions doivent être complétées avec un historique récent pour la piste que vous allez emprunter. Les précipitations peuvent en effet créer un bourbier, rendre un cours d’eau plus puissant ou mettre de la neige sur votre parcours. Pensez également au trajet de retour.

Les composants mécaniques d’une conduite off-road

Pour conduire en tout-terrain, il faut évidemment un véhicule. Ses caractéristiques importantes sont :

Bien évidemment, il va manquer à tout ça le type de transmission. Les véhicules sont généralement à deux roues motrices. Certains 2 roues motrices disposent d’un différentiel renforcé, augmentant les performances en sol mou. Ceux dédiés au tout-terrain sont à quatre motrices. Avec ou non blocages de différentiels (1, 2 ou 3). Avec ou non un doubleur de vitesses, permettant d’avoir des petites vitesses. Dans tous les cas, les pneumatiques seront plus importants que le type de transmission : un 4x4 de fou sera moins utile avec des pneus été dans la neige, qu’une 4L avec des pneus neige.

Modifier la pression de ces pneus

Un pneumatique est conçu pour supporter une charge en deçà d’une vitesse maximale. Pour cela, une pression d’air est à respecter. Sur route, il est très important de rouler avec les bonnes pressions pour éviter accidents et dommages importants. En tout-terrain cependant, la vitesse est souvent plus basse. Le pneumatique chauffe moins, ouvrant la possibilité de diminuer la pression. Réduire la pression va augmenter la surface de contact entre le pneu et le sol. Une surface plus grande, c’est moins d’enfoncement dans le sol et un risque réduit de s’enliser. Réduire la pression réduit aussi la rigidité du pneu, qui se déforme alors plus facilement pour absorber les chocs. Sous-gonfler est très intéressant lorsque le sol est meuble (sable, boue…) ou lorsqu’il est très irrégulier. La limite basse de pression va dépendre du modèle de pneus, mais il n’est pas rare pour les pneus tout-terrain de pouvoir descendre à 1,5 bar. Un guide de Overland Journal recommande par exemple de réduire de 25 % la pression sur piste, 30-35 % sur des pierriers et des chemins plus difficiles, et 50 % sur le sable. L’expérience dictera jusqu’où aller, mais retenez qu’au moment de réduire la pression, le pneu doit pouvoir toujours porter la charge et la vitesse doit être fortement réduite (20 km/h max à 1,5 bar par exemple). Si vous comptez sous-gonfler vos pneus, il va falloir prévoir un peu de matériel. Un manomètre tout d’abord, pour mesurer la pression et savoir ce que vous êtes en train de faire. Un compresseur ensuite pour regonfler à la bonne pression une fois le tout-terrain terminé. Vous pouvez aussi utiliser une pompe à pied de vélo (vérifier qu’elle est compatible avec des valves auto), mais suivant la taille de vos pneus, ça peut prendre du temps…

Quelques astuces de conduite

Retrouvez ci-dessous quelques bases pour aborder chaque obstacle classique du tout-terrain.

Le passage à flanc

Le danger va être ici la chute. La vôtre si vous êtes à côté d’un précipice. De roches ou autres si vous passez au pied d’une falaise. Avant de passer, arrêtez-vous pour :

Passez ensuite rapidement pour minimiser le temps d’exposition.

La traversée de gué

Les dangers vont être ici de s’enliser, noyer le moteur ou être emporté par le courant. Avant de traverser le gué, arrêtez-vous pour :

Entrez ensuite lentement dans l’eau à vitesse constante et une fois le gué franchi, regonflez les pneus et vérifiez l’état du véhicule. Si vous avez calé dans l’eau, ne redémarrez pas le moteur, l’eau peut noyer le moteur via l’échappement et la prise d’air. Il vaut mieux se faire remorquer.

La traversée de bourbier

Le danger ici est de s’embourber, voir perdre le contrôle du véhicule si vous êtes en dévers. Avant de traverser le bourbier, arrêtez-vous pour :

- Pour traverser le bourbier :

La montée en pente

Gravir des pentes importantes devient vite impression en voiture. Si la pente devant vous est plus petite que la pente maximale franchissable de votre véhicule :

La descente en pente

Même rhétorique que pour la montée : la descente de pente forte est toujours un moment impressionnant. Pour descendre une pente :

La conduite sur neige et sur glace

Les dangers ici sont de perdre le contrôle du véhicule. La recommandation numéro 1 est de réduire sa vitesse. Pour conduire sur la neige :

Pour la conduite sur glace, le meilleur conseil est d’être équipé de pneus cloutés si la portion glacée est longue. Si elle est courte, suivez les mêmes conseils que pour la neige en réduisant encore plus votre vitesse.

Le passage de fossé

Le danger ici est de rester coincé dans le fossé, avec l’impossibilité de s’en sortir tout seul sans treuil. Pour traverser un fossé :

La traversée de pierrier

La traversée de pierrier revient à franchir plusieurs marches plus ou moins hautes. Le danger ici est d’endommager le véhicule. Si votre garde au sol est suffisante, voici quelques conseils pour franchir une marche :

Derniers préparatifs avant de partir

Vous savez où vous allez mettre vos roues et votre conduite est aux petits oignons. Bien. Maintenant, il est temps de considérer ces différents points :

Si vous comptez laisser votre véhicule dormir sur place le temps de votre expédition, il peut être utile d’emporter un second jeu de clés. Ces clés de voiture offriront une solution de remplacement si vous perdez les premières. Pensez à les confier à un autre membre du groupe. Enfin, il est aussi utile d’emporter un booster pour aider une batterie un peu faible, voire déconnecter la batterie au moment de partir pour éviter les mauvaises surprises au retour.

Le mot de la fin

La conduite en tout-terrain est une compétence souvent négligée par les pratiquants de montagne. La développer réduit les risques lors des approches et permet de débuter une expédition dans de meilleures conditions. Elle s'acquiert avec de l'expérience, idéalement encadrée par un club de 4×4 local, qui permet d'être exposé aux difficultés courantes avec un filet de sécurité adapté.